Lily et son mari réunissent leurs enfants et petits-enfants dans leur maison de campagne. Atteinte d'une maladie dégénérative incurable, Lily entend faire ses adieux, mais les choses ne vont pas se passer comme elle l'espérait et les langues vont se délier. Un drame familial qui n'a pas séduit les critiques du "Masque…

L'affiche du film "Blackbird" de Roger Michell avec Susan Sarandon, Kate Winslet et Mia Wasikowska
L'affiche du film "Blackbird" de Roger Michell avec Susan Sarandon, Kate Winslet et Mia Wasikowska © BUSTED SHARK PRODUCTIONS - ECLEC / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Par le réalisateur du film Coup de foudre à Notting Hill. Avec Susan Sarandon, Kate Winslet, Sam Neil, Mia Wasikowska.

C'est le remake d'un film de Billy Auguste. Lili (Suzanne Sarandon) est atteinte d'une maladie dégénérative incurable et elle a décidé de partir avant qu'il ne soit trop tard. Avec son mari Paul, elle réunit enfants, petits enfants, toute la famille pour une cérémonie des adieux. Mais toute la famille, dont les non-dits remontent à la surface à cette occasion, n'accepte pas la décision de Lily. Surtout dans un pays où la fin de vie assistée est taboue. 

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En dépit de la mise en scène familiale américaine, Xavier Leherpeur salue une Susan Sarandon magistrale 

"Ok c'est plein de lourdeurs, ils ne peuvent pas la laisser mourir tranquillement. Elle les invite à une fausse cérémonie de Noël, puisqu'elle sera évidemment plus là pour le célébrer. Et plutôt que d'être un peu gentils, tous les membres de sa famille vont déballer leurs rancœurs familiales. Au bout d'un moment, on se dit quand même "Allez, soyez sympas". Mais il ne faut pas oublier que c'est à l'américaine. Il faut qu'il y ait son lot de rancœurs, de psychanalyse, de règlements de comptes familiaux pour qu'à la fin, quand le soleil se lèvera sur une nouvelle vie sans maman, il y ait quand même un apaisement quelconque. On a compris. 

Au milieu de tout cela - et une fois qu'on a compris la guimauve dans laquelle on était précipité - eh bien, il y a Susan Sarandon et la lumière se fait ! Elle est extraordinaire comme d'habitude, c'est une des plus grandes comédiennes américaines. Elle y va avec ce qu'elle est : une gauchiste, une emmerdeuse, dans le répertoire américain et Hollywood. Vous sentez qu'elle a pris ce sujet à bras le corps. 

La fin de vie digne est un vrai sujet qui devrait être réglé depuis fort longtemps et que l'actrice défend formidablement bien à travers son personnage.

Elle finit d'assumer le côté militant de cette fiction, certes un peu éprouvante au sens de la lourdeur mais je trouve Susan Sarandon magistrale".

Eva Bettan regrette un film faux et plein de lourdeurs

"Non, on ne peut pas être bon dans un film qui n'est pas bon. On a déjà tout vu : les sœurs qui ne s'entendent pas ; les gens qui disent leur mécontentement familial… La principale qualité de ce film, c'est la décision déjà prise par le rôle de Susan Sarandon qui, dans le film, assume vouloir mettre fin à sa vie. Il y a une manière naturelle de dire qu'on peut le faire. C'est la principale qualité du film. 

Après, ce n'est que de la lourdeur… On utilise des actrices à contre-emploi, on a des répliques assez snob… 

Pour une mourante, franchement, son personnage a plutôt bonne mine. Elle va plutôt bien. 

Je trouve ce film faux de bout en bout, d'une telle fausseté que ça finit par desservir le sujet traité. Il y avait des films assez lourds contre la peine de mort, qui étaient très didactiques mais qui avaient une certaine noblesse. Là, je n'en vois aucune…"

Charlotte Lipinska regrette un film ultra-convenu

"Susan Sarandon m'a beaucoup émue. C'est vrai que tout est ultra convenu. Ça coche toutes les cases - et certainement trop de cases, avec aussi une personne transgenre qui se dit non-genrée dans la famille dont on se demande ce que cela vient faire là car certes, si c'est aussi un sujet en soi, il arrive ici un peu comme une pièce rapportée. Il y a un côté surplus. Le caddie est surchargé, il y a trop de thèmes.

Malgré tout, Susan Sarandon me transperce. Je la trouve vraiment très, très émouvante.

Le film, c'est un peu l'anti-Quelques heures de printemps (2012) sur le sujet, le film de Stéphane Brizé qui était bouleversant, avec Vincent Lindon qui reposait aussi sur une explosion d'émotions, une espèce de non-communication entre une mère et son enfant, en l'occurrence un père et ses deux filles. C'était plus âpre et beau dans le film de Stéphane Brizé, parce que finalement, il y avait quelque chose qui, pour moi, était beaucoup plus juste. Quiconque a perdu un proche dans ces conditions ou a accompagné un proche le sait : il n'y a que dans les films où on finit vraiment par se dire nos quatre vérités à l'approche de la mort. Dans la réalité, on cache nos larmes. Dans Quelques heures de printemps, Stéphane Brizé a fait ressentir cette douleur rentrée, c'était très beau de voir comment la communication entre une mère et son fils, même au dernier instant, était très compliquée. 

Avec Blackbird, c'est tout l'inverse : tout se dit un peu à la dernière minute et de manière effectivement assez artificielle… Susan Sarandon, elle, est complètement démente". 

Pour Michel Ciment, ce n'est pas un grand film 

"Une mise en scène 'à l'Américaine' mais, néanmoins, le metteur en scène est anglais. C'est un film bien fait, bien écrit, avec des réparties cinglantes et du théâtre de boulevard. C'est un certain cinéma anglais et Roger Mitchell n'est ni Ken Loach, ni Steven Frears. 

Cela dit, c'est vrai aussi que c'est un sujet rebattu. En même temps, ça a donné des films comme Festen, par exemple, sur le même thème des réunions de famille ou récemment le film de Cédric Kahn, Fête de famille (2019) qui repose sur le même principe où d'un seul coup tout le monde se défoule, tout le monde découvre des choses. 

Le film paraît moyen, même s'il n'est pas non plus à jeter. Ce qui me gêne aussi, c'est ce personnage de femme qui va se suicider le lendemain et qui est d'une gaieté folle, constamment pétillante, pleine de vie la veille… Je trouve cela un peu forcé. 

J'aimerais un peu plus de nuance dans son malheur. Elle est tout de même très malade et on ne le sent pas beaucoup à l'écran parce qu'il ne faut pas d'angles trop aigus.

Ce n'est pas un film méprisable. Ce n'est pas non plus un grand film".

Le film

► Au cinéma depuis le 23 septembre 2020

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"Blackbird" de Roger Michell

Par Jérôme Garcin

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