Le réalisateur de "L'humanité" et de "Ma loute" verse dans un tout nouveau registre en signant un miroir satirique de notre société à travers une journaliste vedette d’une chaîne d’info interprétée par Léa Seydoux qui joue ici une anti-héroïne autant vulgaire que tragique. Jean-Marc Lalanne est le seul à avoir aimé.

L'actrice Léa Seydoux interprète France, dans le tout nouveau film de Bruno Dumont, 2021
L'actrice Léa Seydoux interprète France, dans le tout nouveau film de Bruno Dumont, 2021 © RogerArpajou / 3B

Le film présenté par Jérôme Garcin

Le film raconte, sur le mode de la caricature, l'ascension et la chute de France (Léa Seydoux), journaliste vedette d'une chaîne tout info et présentatrice de l'émission "Un regard sur le monde", dont l'assistante Lou (Blanche Gardin) est aussi coach, gourou et même garde du corps. Qu'elle se fasse mousser lors d'une conférence de presse du président Macron à l'Elysée ou sur les lieux de guerre à l'étranger, ou qu'elle trafique à son avantage tous ses reportages, qu'elle se retrouve sur une embarcation de migrants, France Demeure n'a qu'un objectif : être la meilleure et la première jusqu'au jour où un banal accrochage de circulation met sa vie et sa carrière à plat. Pour soigner sa dépression, elle se retire dans un hôtel clinique très chic, au milieu des montagnes et très loin de son mari, écrivain incarné par Benjamin Biolay et de leur enfant unique. 

C'est filmé comme avec dégoût. Les images sont sinistres, les couleurs sont saturées, les plans en roman-photo. Dumont ne pouvait pas mieux montrer sa détestation viscérale de la société du spectacle moderne. Ça se présente comme l'adaptation de "Par ce demi-clair matin" de Charles Péguy. Péguy, qui, jusqu'à preuve du contraire, n'avait rien demandé. 

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La presse critique était très élogieuse pour ce film depuis Le Monde jusqu'à Libération, en passant par Les Inrockuptibles

Jean-Marc Lalanne l'a trouvé "vivant et passionnant avec une Léa Seydoux remarquable dans ce type de registre"

"J'ai l'impression qu'il arrive au film et à Bruno Dumont la même chose qu'à son personnage. Tout à coup, une forme d'affectation ! France est un personnage extrêmement cuirassé, cynique, qui, à la suite de l'incident va découvrir qu'elle peut être affectée par le monde et perd tous ses moyens. Tout à coup, elle ressent une émotion vraie alors que son travail était de feindre des émotions. Tout s'effondre autour d'elle parce que, tout à coup, elle est émue. 

Bruno Dumont part sur le registre de la farce quand tout à coup, et ce qui est très beau, on va vers l'empathie. Ce chemin de la farce vers l'empathie, c'est parce qu'il tombe fou amoureux de l'actrice qu'il a devant lui et qui est géniale. 

Il y a vraiment une sorte de bras de fer entre une actrice qui n'est pas du tout faite pour jouer sur ce registre extrêmement grossier de la farce et un cinéaste qui essaie de la tirer contre sa nature et de la filmer contre ce qu'elle sait faire.

À mon avis, c'est Léa Seydoux qui gagne. Le film va plutôt vers la subtilité, vers quelque chose d'extrêmement rentré alors que Bruno Dumont la pousse sans arrêt vers le grotesque et le ridicule. C'est une farce empêchée qui, sans cesse, est rattrapée par l'émotion apportée par des éléments hétérogènes, comme la musique extrêmement émouvante de Christophe ou le jeu très subtil de Léa Seydoux, qui est vraiment l'antithèse de ce que Dumont obtient en général de ses comédiens. Elle adopte ici le registre dans lequel Lucchini était très à l'aise dans "Ma Loute" (2016). 

Il y a vraiment une tension entre deux idées de cinéma ce qui donne un film vivant et passionnant ! Le titre, à mon avis est un trompe-l'œil. Ce n'est finalement pas tellement un film sur la France ni sur les médias. Il l'est mais de manière très grossière et superficielle. 

C'est plutôt un film sur ce que le cinéma peut faire d'une actrice.

On est dans un cinéma de grand pervers et pas du tout dans un cinéma de dénonciation un peu bas du front".

Nicolas Schaller déplore "un film embarrassant, très problématique et d'une laideur absolue" 

Ce film est une guerre dont la première victime, c'est nous.

"Dumont c'est un cinéma qui cherche, qui explore. Il faut avouer que, parfois, il ne trouve rien. Sur le papier, j'adhère avec la férocité par laquelle il montre la société du spectacle, la fausseté dans laquelle on baigne tous, cette espèce de décalage du réel, cette inaccessibilité aux émotions qui a gagné, ça m'intéresse vraiment. 

Mais le film en lui-même, est d'une laideur absolue ! 

Une fausseté qu'il ne travaille pas et nous impose à un point que, à un moment, ça ne marche plus… Le côté satirique, l'humour et Dumont, ça fait quatre… Quand on veut caricaturer, il faut quand même avoir un minimum d'humour second degré… Là, le personnage de Blanche Gardin incarne toute la grossièreté et le côté inopérant de cet humour-là. 

Aussi ce regard de jésuite misanthrope absolument atroce laisse à désirer au bout d'un moment. Il mélange comme d'habitude les stars avec les vrais gens. La manière dont il les filme me tombe des yeux. Je trouve ça dommage parce qu'il y avait vraiment un projet passionnant". 

Ce film est vraiment embarrassant et très problématique.

Pour Ava Cahen, c'est "un mauvais roman-photo couplé à du mauvais mélo"

"Je n'ai pas du tout de points empathiques avec ce personnage… Je trouve qu'il en fait une icône très pâle, très creuse, presque un clown qui est trop "brushé", trop maquillé, trop sapé. Ce qui m'a presque mise en colère parce qu'elle est détestable, elle ne s'intéresse qu'à elle, elle est absolument sourde aux malheurs du monde et, Bruno Dumont se met au diapason de cette dégueulasserie. 

Ce qui m'a gênée, c'est que ce personnage pratique un genre de régime d'humiliation. Il punit son personnage en permanence. Elle doit constamment éprouver, vivre des malheurs et, au bout d'un moment, ça m'a tapée sur les nerfs. 

C'est du mauvais roman-photo couplé à du mauvais mélo. Se mettre autant au diapason de la vulgarité du monde qu'il décrit, je trouve ça navrant.

Charlotte Lipinska, "totalement désarmée face à un film ennuyeux, interminable et dégueulasse"

"Je ne savais pas à quel degré il fallait le prendre. En dehors de la laideur absolue de l'image, quand on s'intéresse à l'attention qu'il porte au visage de Léa Seydoux, on ne peut pas dire qu'il ait la même intention pour Blanche Gardin. C'est une honte la façon dont il filme Blanche Gardin, c'est dégueulasse, ce n'est pas bien…. 

Dès la première scène, il utilise tout ce qu'il dénonce. À cette satire assez féroce où on est censé rire, moi, je n'ai pas ri une seule seconde… On oscille constamment entre cette caricature assez lourde du monde médiatique et des gens d'en haut, avec ces échappées vers le mélo pour lequel je n'ai aucune empathie. Au bout d'un moment, je n'en peux plus de ce personnage et de ce nihilisme constant qui tourne à vide. 

Il ne se passe pas grand chose. Je me suis vraiment ennuyée. Ce n'est pas drôle, c'est interminable, inconfortable, pas aimable et très désarmant.

Bruno Dumont est très intelligent, c'est un immense metteur en scène et, là, je me retrouve aux antipodes de son premier film magnifique "L'Humanité". 

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

10 min

"France" de Bruno Dumont

Par Jérôme Garcin

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