Qu'est-ce qui fait de Steven Spielberg un cinéaste qui ne cesse de nous émerveiller à la sortie de chacun de ses films ? Retour sur l'oeuvre cinématographique d'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma tant ses films continuent de passionner les coeurs, les esprits, des plus jeunes comme des plus grands.

Pourquoi le cinéma de Steven Spielberg est-il si exceptionnel ? Ici une photo de Steven Spielberg et E.T (1982)
Pourquoi le cinéma de Steven Spielberg est-il si exceptionnel ? Ici une photo de Steven Spielberg et E.T (1982) © Getty / Aaron Rapoport / Contributeur

Il est sans doute le réalisateur le plus célèbre au monde : un cinéaste protéiforme, à la fois hanté par les fantômes du passé et de l'enfance, et héritier à sa manière de John Ford et de François Truffaut, le créateur de E.T., Les Dents de la mer, Indiana Jones, Jurassic Park, Pentagon Papers, Minority Report, producteur de véritables séries de blockbusters hollywoodiens, cofondateur du studio Dreamworks, il est également l'un des cinéastes les plus influents depuis près d'un demi-siècle. 

Bienvenue dans l'univers de Steven Spielberg, décrypté dans "Grand Bien vous fasse" par Clément Safra, spécialiste du cinéma hollywoodien classique, Frédérick Sigrist, producteur de l'émission "Blockbusters" et Guillemette Odicino, chef de rubrique cinéma chez Telerama et chroniqueuse sur France Inter. 

De l'ordinaire à l'extraordinaire : un cinéma intergénérationnel 

Clément Safra commence par souligner sa grande singularité : cette faculté qu'il a de toujours se réinventer, se raconter à travers des sujets qui semblent très variés. Il en est maintenant à plus d'une trentaine de films, tous versés dans des genres différents, dans des thématiques différentes allant de la science-fiction au drame historique tout en passant par la comédie fantastique.

On a vraiment toute la gamme des couleurs que le cinéma hollywoodien peut offrir, et dans lesquels il trouve toujours le moyen de parler de ses obsessions personnelles. En premier lieu, évidemment, la thématique de l'enfance et celle de la famille. C'est ce qui fait cette si belle rencontre entre l'ordinaire et l'extraordinaire : 

Comment des personnages de la vie de tous les jours vont être amenés à se dépasser dans des situations plus grandes que la réalité ?

Guillemette Odicino estime, elle, qu'il y a deux Spielberg dans un seul et même esprit : "un adulte, maître du classicisme hollywoodien, héritier de Frank Capra avec son génie de la narration et ses histoires aux valeurs humaines. Et puis un second Steven Spielberg, un gamin éternel, même à 71 ans qui fait du blockbuster avec des requins, des archéologues, des aventuriers, des extraterrestres et qui, en plus, sont des films qui séduisent les autres gamins comme lui !" 

Un cinéaste qui est à la fois un enfant et un adulte c'est quand même assez rare. 

Et Frédérick Sigrist d'ajouter : 

C'est comme un parc d'attractions mais sur grand écran !

Deux codes cinématographiques majeurs : l'enfance et la famille ordinaires

  • La thématique de l'enfance 

Clément Safra explique cette thématique est chez, le réalisateur, intéressante à deux points de vues : "Les personnages d'enfants sont centraux dans son oeuvre, dans E.T., dans L'empire du Soleil où l'enfant est vraiment un repère de filmage pour montrer leurs réactions en regard d'une scène de crise ou de moments d'émerveillement. C'est vraiment le point de repère de Spielberg. 

Il exprime aussi son approche personnelle des sujets enfantins. Il a su rester un enfant, et c'est avec un émerveillement presque enfantin, un émerveillement renouvelé, qu'il aborde tous ses sujets. Même quand il s'agit de la grande histoire d'un sujet adulte, très lointain de l'enfance, comme le contexte de la Shoah dans La liste de Schindler qu'il aborde avec des yeux d'enfants de la manière la plus claire et la plus simple possible. De sorte à ce que tous les publics puissent comprendre les enjeux et sentir la réalité de la situation". 

De plus, le cinéaste a été marqué par le divorce de ses parents qui semble être resté l'événement traumatique de son existence : "La problématique familiale prend source dans cette expérience personnelle difficile que drainent nombre de ses films, en premier lieu E.T. et dans Arrête-moi si tu peux dans lequel la question du divorce est filmée avec beaucoup d'emphase par Spielberg, c'est ce qui lui permet de donner toute l'épaisseur humaine de ses personnages".

  • La famille au coeur du scénario

Même dans ses films les plus pessimistes comme dans La Guerre des mondes, Minority Report, la famille reste un ancrage solide dans son cinéma tant elle s'inscrit telle une balise à laquelle l'homme s'accroche dans les situations les plus graves. 

Pensons à Lincoln, ce biopic sur le grand président américain émancipateur dans lequel il transforme l'éminent personnage en un homme simple, dénué de symbole, montrant sa part d'humanité, dans le cadre de sa vie de famille au quotidien, avec ses enfants et avec sa femme. C'est toute la question de l'épreuve de la famille qui est ainsi consacrée : comment est-ce que ce président réussit à organiser sa vie d'homme d'Etat, de grand homme, avec ses impératifs de la vie de tous les jours, celle d'un père de famille dans une maison, filmée comme si elle était la maison de monsieur tout le monde, lui prêtant ainsi une qualité universelle.

Le génie de Spielberg : du jeune cinéma avec du vieux cinéma !

C'est la vraie révolution de Steven Spielberg (sa filiation directe avec le cinéma de Frank Capra) : son héros va constamment être "monsieur tout le monde qui va devoir prouver la grandeur de ses attentions au contact d'une situation extraordinaire". 

Au moment où le cinéaste commence sa carrière, dans les années 1970', ce n'est pas vraiment la norme des héros hollywoodiens. Comme l'explique le spécialiste Clément Safra, "le cinéma américain est plongé dans une phase assez sombre à ce moment-là, le système des studios auquel appartenait Frank Capra plusieurs décennies auparavant s'effondre au profit du nouvel Hollywood de Coppola, de Martin Scorsese, George Lucas ou encore Brian De Palma". 

Mais contrairement à ses pairs qui sont en pleine réforme du cinéma américain, Spielberg, lui, renoue avec l'héritage hollywoodien classique, et fait du jeune avec du vieux, pourrait-on dire ! 

Clément Safra : "Il reprend le système des studios, devient l'employé de l'Universal en tant que réalisateur sous contrat et se met à raconter des histoires pour le plus grand nombre et le plus souvent avec, comme héros, l'homme de la rue américain qui va triompher de tout".

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