Greta Gerwig adapte, après tant d’autres, le roman-culte de Louisa May Alcott, paru en 1868. Une relecture personnelle du livre qui s'est voulue à la fois atemporelle et actuelle. Un film qui a profondément ennuyé les critiques du "Masque et la Plume" qui le jugent académique, sans intérêt et trop démonstratif.

Emma Watson, Florence Pugh, Saoirse Ronan et Eliza Scanlen
Emma Watson, Florence Pugh, Saoirse Ronan et Eliza Scanlen © Wilson Webb

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Un film avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Laura Dern, Meryl Streep, Florence Pugh, Timothée Chalamet, Louis Garrel. 

Un roman que Simone de Beauvoir, Patti Smith ou encore Elena Ferrante ont considéré comme un brûlot féministe.

Dans la Nouvelle-Angleterre des années 1860, pendant la Guerre de Sécession, un père s’absente en laissant ses quatre filles et sa femme derrière lui, face aux difficultés de la vie quotidienne en ce temps de guerre.   

Pour Pierre Murat, si le film est correct, Greta Gerwig n'apporte rien de plus... 

PM : "C'est bien sûr l'égérie du cinéma américain indépendant, mais elle est déjà extrêmement expérimentée, très classique, et là, c'est le film le plus académique qui soit

On s'attendait à autre chose, à quelque chose d'un tout petit peu plus vif, d'un tout petit peu plus féministe

La seule idée qu'elle a eue, c'est de faire des retours en arrière dans le temps qui sont extrêmement maladroits. À un moment donné on ne sait même plus exactement où on est... C'est vraiment un album d'images comme Hollywood en faisait il y a soixante dix ans, elle n'apporte rien

Même si c'est tout à fait correct, on voit ça sans s'ennuyer un seul instant mais c'est à peine du cinéma". 

Une photo tirée du film "Les Filles du Docteur March"
Une photo tirée du film "Les Filles du Docteur March" / Sony Pictures Releasing France

Charlotte Lipinska s'attendait à mieux elle aussi, soulignant une narration trop alambiquée et démonstrative 

CL : "Sans s'ennuyer, sans s'ennuyer... il faut le dire vite ! 

Le film répond à ce qu'on en attend, mais il ne révolutionne absolument rien

J'attendais quelque chose d'un peu plus nerveux, d'un peu plus moderne de la part de Greta Gerwig... 

La narration, qui se passe sur différentes temporalités montées en parallèle, est totalement alambiquée, faite de manière artificielle, et ça n'amène rien

Tout ce qui est dit sur la condition des femmes et le discours assez féministe qui sous-tend tout le film, est trop démonstratif dans les dialogues... Prenons l'exemple où l'une des filles enfile une robe et dit à sa mère : "Oh là là ! Maman, je suis une fille, je ne vais pas pouvoir avoir un métier, je voudrais être indépendante financièrement. Si j'étais un garçon pour aller à l'école".

Tout est surligné au Stabilo Boss ! 

Il reste quand même le plaisir de voir Meryl Streep et un casting assez pimpant. Le casting suffit à ce que l'on passe un joli moment mais alors, 2h15, ça n'en finit pas ! 

L'actrice Meryl Streep dans "Les Filles du Docteur March"
L'actrice Meryl Streep dans "Les Filles du Docteur March" / Sony Pictures Releasing France

Pour Xavier Leherpeur, le film n'invente rien regrettant, au passage, la manière avec laquelle est exprimé le féminisme

XL : "Ça ne sert à rien. C'est à dire que c'est une relecture du roman qui n'apporte absolument rien.

Le roman est daté mais il a 150 ans, la réussite du film est datée alors qu'il n'a que 15 jours ! Il faut le faire...

Ils vont chercher du féminisme là où il n'y en a pas du tout. Il y en a plus dans La petite maison dans la prairie pour vous dire quand même le haut niveau ! C'est toujours le même élevage de dindes en batterie : elles sont là en train de s'exciter parce qu'elles vont faire un sapin de Noël... Pas très féministe quand même...

Timothée Chalamet, qui n'est pas non plus un parangon de virilité arrive à son tour : "Oh mon Dieu ! Mais qu'est-ce qu'il est beau, qu'est-ce qu'il est beau !". Bon... le féminisme du roman a déjà pris un petit peu du plomb dans l'aile, et le film est d'un classicisme...

On l'a déjà vu mille fois, ça ne réinvente rien ! C'est même pas vintage, c'est poussiéreux

C'est pété de thunes, ah ça les boules de sapin, je peux vous dire qu'il y en a ! Mais qu'est-ce qu'on s'en fout ! Laura Dern, qui est une actrice magnifique, est sous exploitée... 

Eva Bettan est déçue par le langage scénaristique et les scènes de mélos ratées

Il y a une déception à deux égards. Au regard du mélo, parce que, par exemple, rater la scène où Jo se coupe les cheveux, c'est un truc majeur dans le mélo. Oui, il y a des moments de mélo et elle les rate ! 

Elle ne fait exister qu'un seul personnage, le personnage majeur, Jo, celle qui veut s'émanciper, etc. Les autres n'existent pas... Elle ne fait pas vivre les autres sœurs

L'actrice Saoirse Ronan dans "Les Filles du Docteur March"
L'actrice Saoirse Ronan dans "Les Filles du Docteur March" / Sony Pictures Releasing France

Il y a des moments qui sont extrêmement émouvants dans le mélo, comme la mort d'une des sœurs. Tout le monde a lu le livre et là on sait que, d'une part, elle ne réussit pas le mélo, ce qui est quand même un pompon. Et d'autre part, elle ne tire rien du mélo. Par exemple, elle n'arrive pas à faire comprendre ce qu'est la sororité, qui est une très belle idée. Vous l'avez beaucoup plus dans un film comme « La Vie invisible d’Euridice Gusmao, qui est un film magnifique sur le lien entre les sœurs où on voit vraiment ce qu'un réalisateur fait du mélo. 

Là, on lui donne un mélo, elle n'en tire rien... On ne lui demandait pas un anachronisme ou de nous faire un brûlot féministe d'aujourd'hui, mais d'avoir une lecture. 

Il n'y a pas de lecture, elle échoue aux deux plans. 

Le film

► Sortie en salles le 1er janvier 2020. 

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

6 min

"Les filles du Docteur March", de Greta Gerwig

Par Jérôme Garcin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Toutes les autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.