Après "Maman(s)" dont elle avait remporté le César du meilleur court-métrage en 2017, Maïmouna Doucouré nous emmène aux côtés de Fathia Youssou, 11 ans, qui apprend à s'affirmer aux côtés d'un groupe de quatre préadolescentes, "les mignonnes", en dansant le Twerk. Un film qui a fait valser les critiques du Masque.

Quand "Mignonnes" de Maimouna Doucouré divise les critiques du Masque & la Plume
Quand "Mignonnes" de Maimouna Doucouré divise les critiques du Masque & la Plume © BIEN OU BIEN PRODUCTIONS 2018

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Un premier film que j'aime beaucoup

Un film assez provocant d'ailleurs, primé à Sundance d'une cinéaste franco-sénégalaise, Maïmouna Doucouré, dont le court métrage "Maman(s)" avait reçu un César très légitime en 2017. C'est le portrait à la fois touchant, sensible d'une jeune fille de 11 ans d'origine sénégalaise, Fathia Youssouf, qui débarque dans une cité avec sa mère. Et malgré sa timidité, presque sa pudeur, elle intègre un groupe de quatre préadolescentes qui se font appeler "les mignonnes", et pratiquent une danse ultra sensuelle, ultra provocante le twerk, qui est un mélange de twist et de jerk, une danse très osée qui est une manière pour la petite fille de s'affirmer et aussi de se révolter contre son père qui annonce, ça sera la fin du film, son retour du bled avec sa deuxième épouse. 

Je ne connaissais pas le twerk, je l'avoue, mais j'ai été très frappé par ce film

Charlotte Lipinska : "c'est une vraie réussite que je recommande"

CL : "C'est très intéressant parce que "Maman", ce court métrage qui lui avait valu le César en 2017 partait du même nom qu'on sait autobiographique de Maïmouna Doucouré, elle ne s'en cache pas et c'était déjà un court métrage filmé à hauteur d'enfant, d'une petite fille franco-sénégalaise qui a beaucoup de mal à accepter la polygamie de son père. Ce qui est intéressant, c'est que le court métrage allait dans une voie presque de thriller extrêmement noir, alors que celui-là, pour s'en échapper, a quelque chose de beaucoup plus joyeux, une énergie assez galvanisante. 

Là où je trouve le film très sensible, délicat et assez malin, c'est qu'il oscille entre la rigueur religieuse dans laquelle est élevée cette petite fille d'un côté et de l'autre, ce twerk qui implique un certain nombre de poses extrêmement provocantes, une hypersexualisation des corps de gamines de 11 ans. 

Entre ces deux extrêmes, cette petite fille va naviguer sans parvenir à choisir et sans que la réalisatrice non plus ne condamne l'un au profit de l'autre. On voit qu'elle est dans cette zone grise entre les deux avec cette question centrale : comment elle va devenir une jeune femme, puis une femme ? 

Le film est quand même porté par le tempérament des jeunes filles. Elles sont complètement démentes. Fatiha Youssouf est de tous les plans, toutes les scènes qui dégagent une émotion incroyable pour une petite fille de 11 ans, mais ses copines, "les mignonnes" sont des danseuses incroyables d'une grande véracité. 

C'est très audacieux, je leur recommande !

Pour Pierre Murat "c'est un film mal fichu"

PM : "C'est un film dont on ne peut pas dire du mal parce que, évidemment, il est généreux parce que, en effet, c'est l'histoire d'une petite fille qui hésite, qui trouve son chemin, qui porte avec elle la condamnation de ce qu'il faut absolument condamner, l'éloge de ce qu'il faut absolument rendre élogieux… C'est la seule liberté qu'elle a, cette fille de s'en sortir. 

Le problème, c'est qu'on confond actuellement la générosité et le talent

C'est un film pour la Presse d'une certaine façon, ça permet de nous rassurer. Pourtant ce n'est pas très bien fait, ce n'est pas très bien écrit, ce n'est pas très bien joué. Ça me rappelle ces succès d'un soir ou de quelques semaines, comme "Divines", il y a quelques années que tout le monde a oublié, ou "Shéhérazade". Un film sur lequel, évidemment, tout le monde va se retrouver d'accord parce que c'est généreux, mais c'est mal fichu notamment du point de vue cinéma". 

Eric Neuhoff ne voit pas vraiment où le film veut en venir

EN : "Je suis presque d'accord avec Pierre. 

C'est sympatoche…

Elle est mignonne cette petite gamine certes mais est-ce que c'est passionnant de la voir coincée entre les traditions de sa famille et cette danse du twerk ? D'autant que le film ne traite pas vraiment le sujet : il nous laisse un peu en plan et je ne vois pas très bien où ça veut en venir. Qu'est-ce qu'elle va faire cette gamine ? Qu'est-ce qu'elle veut ? Qu'est-ce qu'on lui reproche ?"

Xavier Leherpeur "c'est un film à découvrir avec lequel la réalisatrice réussit à peu près tout"

XL : "Elle contredit un adage qui veut que quand on embrasse trop, on est mal étreint, selon le vieux dicton. 

Non, justement, la réalisatrice, elle, embrasse énormément de sujets et elle réussit à peu près tout. Qu'elle ne réussisse pas tout je m'en fous, c'est un premier film

Il y a une vraie envie d'en découdre avec son sujet, avec la matière cinématographique et la mise en scène. On a une vraie autrice qui compose autour de ces personnages

Si ça n'était que l'histoire, effectivement, de cette gamine qui veut approcher un groupe de jeunes filles très dénudées pour dire quelque chose sur l'hypersexualisation d'une certaine catégorie d'adolescents, alors Pierre aurait peut-être raison parce qu'il y aurait un côté démonstratif. Sauf que Pierre n'a pas regardé le film en arrière plan. 

Le petit frère est un personnage remarquablement écrit qui me touche beaucoup. Il y a une scène au ralenti qui est très drôle aussi où elles ont fait du shopping et elles balancent, comme dans une publicité, les objets qu'elles viennent d'acheter et, lui, derrière, toujours au ralenti, avec un grand sac ramasse tout ce qu'elles ont jeté par terre. Je trouve que c'est une manière de conclure ces petites scènes oniriques de manière extrêmement drôle, sans se prendre au sérieux

Il y a aussi surnommée "la tante", ce personnage qui règne sur toutes ces femmes, toutes ces mères et qui ne voit pas la douleur de la mère de la jeune fille qui est désespérée de voir son mari revenir avec une autre. 

Elle aurait pu se casser la gueule régulièrement mais elle a vraiment envie de dire quelque chose

Elle ne cautionne à aucun moment l'hypersexualité de ces gamines-là, en tout cas la manière dont elles se montrent au monde. C'est un vrai film, comme l'était celui de Céline Siama "La naissance des pieuvres" sur comment on trouve sa place ? Quel groupe je vais essayer de rejoindre coûte que coûte pour exister, malgré l'emprise familiale, malgré moi, malgré l'hypocrisie ambiante ?" 

C'est un film à découvrir

Le film

► Au cinéma depuis le 19 août 

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7 min

"Mignonnes" de Maimouna Doucouré

Par Jérôme Garcin

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