Il n'est jamais trop tard pour bien faire et bien voir. "De bon matin", le nouveau film de Jean-Marc Moutout, sorti voici quinze jours maintenant, mérite de faire une belle carrière en salles. Tout simplement parce qu'il est au cœur du réel politique actuel. C'est le premier film de fiction sur ce que vivent les banques et plus encore leurs employés. A travers la figure de Jean-Pierre Darroussin, cadre exemplaire qui va (se) faire violence parce qu'il ne supporte plus la violence dont il est l'objet et la victime, le film parle simplement et dignement de ce que la dictature de la défunte corbeille fait peser sur ses propres employés. Ce que vient nous rappeler Moutout, c'est que derrière les banques et leur direction, il ya des femmes et des hommes qui sont tout à la fois complices et victimes d'un système qui n'hésite pas à les broyer : que pèse un salarié face à l'exigence de sauver les meubles ou plus précisément la face ou plus précisément les bénéfices des petites castes dirigeantes ? Rien évidemment ! De l'imprécateur tel que le décrivait René-Vicxtor Pilhes dans les années 70, on est passé au liquidateur des autres mais aussi de soi-même. La réussite du film de Moutout tient à ce que le cinéma n'est pas oublié dans le chemin d'une description sociale si lourde, si pesante, si étouffante. Suivant au plus près son personnage principal (Darroussin, donc), la caméra de Moutout suggère l'enfermement progressif. Petit cousin du héros de "L'Emploi du temps" de Laurent Cantet, cet autre cadre sup n'en finit pas de voir la vie à travers des vitres et des baies vitrées lesquelles loin de lui rendre le monde transparent finisse par l'opacifier : tant de transparence finit par être suspect, à l'image de ces "open space" professionnels qui sont comme la réincarnation du panoptique carcéral cher aux prisons d'hier. Le vide se fait littéralement autour de lui, comme si un dessinateur s'ingéniait chaque jour à gommer un peu plus de la réalité qui l'entoure. De quoi devenir un autre ou se révéler, c'est tout comme. De quoi péter les plombs et faire parler la poudre. De quoi enfin retourner contre soi-même l'arme de la vengeance pour ne plus voir "ça". On ne sort pas indemne du film de Moutout. "De bon matin, j'ai rencontré le train de trois rois mages qui partaient en voyage..." chantions-nous jadis. Il y a belle lurette qu'on ne croit plus à Gaspard et à ses potes et le grands matin du Grand soir semble repoussé aux calendes grecques. En temps de crise, les petits matins se font de plus en froids, sinistres et glacés. C'est cette réalité que Moutout nous montre du doigt. Alors, des millions de spectateurs devant leur petit écran pour regarder des candidats de gauche se départager, il parait que c'est une bonne nouvelle. Tout autant de spectateurs pour Moutout sur grand écran ? et pourquoi pas ? Ce serait ... logique !

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