Le philosophe Thibault de Saint-Maurice nous apprend en quoi ce tout petit écureuil nous apprend toute l’absurdité qu’il y a à vouloir outrepasser nos limites.

Image d'Âge de glace 3
Image d'Âge de glace 3 © Carlos Saldanha - Twentieth century fox

Si Thibault de Saint-Maurice s’intéresse à ce personnage, c’est parce qu’il revient bientôt sur nos écrans, le 13 juillet, pour _L'Âge de glace 5 : les lois de l’univers. _Et il est toujours à l’affiche du Musée d’art ludique dans l’exposition du Musée Art ludique sur le studio Blue Sky à Paris.

Surtout, il a beau être tout petit et pas très malin, il est devenu en quelques années un personnage culte qui amuse, qui fait rire, mais aussi un personnage « qui fait culture ». Il est porteur d’un récit dans lequel chacun peut se projeter, et qui rassemble tout le monde.

Scrat, c’est l’autre héros des films de "L’Âge de glace". C’est avec lui que commence l’histoire, et c’est avec Sid le paresseux, Mani le mamouth, ou Diego le tigre aux dents de sabre que l’histoire rebondit et continue. Scrat n’est pas dans l’histoire, mais il va la ponctuer, il va revenir, comme une sorte d’interlude, ou plutôt comme une sorte de commentaire.

Scrat dans L'Age de glace 5 (image promotionnelle)
Scrat dans L'Age de glace 5 (image promotionnelle) / Twentieth Century Fox France

Le truc de Scrat, c’est de poursuivre un gland, envers et contre tout. Les autres personnages poursuivent des buts, ils s’entraident, sauvent des vies, lui poursuit encore et toujours son gland.

Et cette poursuite déclenche régulièrement des cataclysmes : la fonte des glaces, la dérive des continents… Il est le parfait exemple de l’entêtement absurde de l’obstination déraisonnable. Le philosophe Epicure aurait adoré ce personnage. Il aurait pu le montrer à ses élèves comme parfait exemple de l’absurdité de poursuivre un désir que l’on sait impossible. Scrat désire par-dessus tout mettre son gland à l’abri, le garder pour lui, en faire une réserve pour assurer sa survie. Mais ce désir-là dans les conditions de vie préhistoriques où rien n’est sûr, rien n’est stable, est impossible. Les autres héros, Sid, Mani ou Diégo montrent que c’est la coopération et l’amitié qui permet de survivre.

Scrat et son gland dans l'espace - image promotionnelle pour "L'Age de glace 5"
Scrat et son gland dans l'espace - image promotionnelle pour "L'Age de glace 5" / Twentieth Century Fox France

Il y a donc bien dans Scrat quelque chose du Sisyphe qui pousse son rocher, mais comme le montre Camus dans son analyse du mythe, l’envers de cette obstination absurde, c’est l’effort permanent et continue... Scrat, c’est aussi une figure de la persévérance et persévérer, c’est forcer d’exister, c’est continuer malgré tout. Ce que nous dit Camus, c’est exprimer une certaine résistance, une certaine liberté, ne pas céder à l’absurde, ne pas abandonner.

La grandeur de Scrat est toute métaphysique : il nous fait rire, il nous met en garde et dans le même temps, il nous apprend que la persévérance n’est ni plus ni moins à l’origine du monde. Si vous en doutez, vous pourrez le voir dans le court-métrage Scratastrophe cosmique. Finalement, l’air de rien, nous apprend comment faire de nos limites d’autres horizons.

Ecoutez Thibault de Saint-Maurice :

Écoutez Pop fiction d'où est extraite la chronique de Thibault de Saint-Maurice

L’art du studio blue sky, l'exposition a lieu jusqu’au 18 septembre au Musée d’art ludique

Une des affiches promotionnelles de "L'Age de glace 5", avec l'écureuil Scrat
Une des affiches promotionnelles de "L'Age de glace 5", avec l'écureuil Scrat / Twentieth Century Fox France
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