Adapté du roman du même nom d'Umberto Eco, "Le nom de la rose" a relancé la carrière de Sean Connery, lui ouvrant les portes de films tels que "Highlander","Les incorruptibles" ou "Indiana Jones et la dernière croisade". Et pourtant, sur le papier, ça n'était pas gagné.

Sean Connery et Christian Slater
Sean Connery et Christian Slater © Getty

Invité de La Bande Originale à l'occasion du Festival du livre de Nice qu'il préside, Jean-Jacques Annaud est revenu sur quelques uns de ses films emblématiques, notamment Le Nom de la rose. Et si aujourd'hui on n'imagine pas Guillaume de Baskerville avec d'autres traits que ceux de Sean Connery, au moment du casting, l'acteur n'était pas vraiment dans les petits papiers du réalisateur.

"Quand j'ai lu Le Nom de la rose, raconte-t-il, je n'ai imaginé personne. Je voyais un personnage qui était un franciscain lettré du 14e siècle ; je voyais un personnage très digne et je voulais un acteur au-delà de la cinquantaine, pas connu du tout. C'était crétin, reconnait-il, parce que que quand on est acteur depuis plusieurs années et qu'on n'est du tout pas connu, c'est peut-être qu'il y a un problème."

L'agent de Sean Connery, qui était le roi d'Hollywood, appelle Jean-Jacques Annaud tous les 15 jours pour lui dire que son client est très intéressé par le rôle, et le réalisateur fait à chaque fois la même réponse :

C'est déjà le mélange d'un franciscain qui s'appelle Guillaume d'Ockham et de Sherlock Holmes, je vais pas en rajouter une couche avec James Bond 

Le film est une coproduction franco-italo-allemande et Jean-Jacques Annaud a l'habitude de travailler à Munich, dans les locaux de son producteur allemand, Bernd Eichinger, qui finance ce coûteux projet.

Un jour, se souvient-il, mon producteur me dit : "J'ai une surprise pour toi, Sean Connery vient te voir". Il avait pris rendez-vous avec mon producteur qui ne m'avait rien dit. Il arrive dans mon bureau et je suis sidéré. 

Je ne pensais pas qu'il était aussi beau dans la vie. Là, je dois dire que j'ai été subjugué par son charisme.

Il avait le scénario sous le bras. Il s'est assis face à moi et il m'a dit : "Listen Boy" avec sa belle voix grave... Il a ouvert le scénario et il m'a joué le rôle. Je vous jure que j'ai eu la chair de poule. Au bout de deux pages, je l’arrête. Je lui dis, c'est merveilleux c'est formidable.

Il disait le texte comme je l'entendais depuis un an et demi que je préparais le film. J'avais cette musique là dans la tête.

Le marché est conclu et la production signe donc avec Sean Connery.

Mais les choses ne vont pas être aussi simples

Au même moment, l'agent américain de Jean-Jacques Annaud devient PDG de la Columbia. La Columbia qui doit être le diffuseur du film sur le sol américain. Lorsque Jean-Jacques Annaud lui apprend qu'il a choisi Sean Connery pour le rôle, l'ex-agent devenu Tycoon blêmit et lui dit : 

Tu es fou, tu vas bousiller ta carrière, c'est un vieux ringard.

Il décide que la Columbia ne peut pas prendre ce risque et déchire le contrat.

Après le retrait de la Columbia, Bernd Eichinger se voit contraint de tout hypothéquer : ses biens personnels, les droits de ses films, et même ses bureaux de Munich pour pouvoir financer le tournage. Tout ça, sans rien en dire à Jean-Jacques Annaud pour que celui-ci ne s'inquiète pas.

Une fois le film en boîte, le réalisateur retourne à Munich et découvre que les locaux sont occupés par d'autres personnes, et que le bureau de son producteur a été relégué au sous sol.

Qu'on se rassure, le producteur avait eu du nez. Il a pu lever les hypothèques et comme le dit Jean-Jacques Annaud : 

Il s'est fait des c** en or. Et j'en suis très heureux

Succès mondial

Le film a rapporté au total plus de 77 millions de dollars de recettes au box-office dans le monde entier. En France, il a réalisé 4 955 664 entrées, et a reçu une floppée de récomprenses, notamment :

  • César 1987 : meilleur film étranger 
  • David di Donatello 1987 : meilleure direction artistique, meilleurs costumes, meilleure photographie 
  • Deutscher Filmpreis 1987 : meilleur acteur (Sean Connery), meilleure direction artistique 
  • Rubans d'argent 1987 : meilleure photographie, meilleurs costumes et de meilleure direction artistique 
  • BAFTA Awards 1988 : meilleur acteur (Sean Connery), meilleurs maquillages et coiffures

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