Projection de presse de 08h30 aujourd’hui : « La Frontière de l’aube » de Philippe Garrel, avec Laura Smet, Clémentine Poidatz et Louis Garrel (sélection officielle, en compétition). Autrement dit, le deuxième film sur les trois Français que compte la compétition. Soit la seconde bonne surprise hexagonale : après la tempête Desplechin, voici la caverne Garrel. L’histoire d’un homme entre deux femmes (comme chez James Gray), l’histoire de deux passions amoureuses. Le tout en noir et blanc, la couleur du cinéma muet. Garrel avec sa sensibilité habituelle explore et revisite en moderne les arcanes d’une histoire du cinéma qui irait de Murnau à Cocteau, de Lang à Franju. Chez lui aussi, « passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre », comme dans « Nosferatu ».

les frontières de l'aube
les frontières de l'aube © Radio France / Les films du Losange

Or, ce beau film a donné lieu à la véritable première « bronca » du Festival. Assis à ma modeste place, je l’avais vue venir cette conjuration des imbéciles : au bout de dix minutes de film (ce qui est très tôt), mon anonyme et juvénile voisine avait décidé de ne pas aimer le film (ce qui est son droit) en manifestant son opposition par une incroyable et riche variation de manifestions corporelles : déploiement et repli des jambes, soufflements variés allant du léger sifflement au sonore « pppfffff », enfilage et désenfilage d’un gilet au fil des bouffées de chaleur et de fraîcheur, j’en passe et des plus démonstratives (ce qui est lassant). Bref, le grand jeu, celui de la spectatrice outragée que l’on ose lui montrer un tel spectacle. Mais le pire était à venir. Une dizaine de minutes avant la fin du film, des petits malins s’autorisèrent à applaudir, en faisant croire que le film était fini, pour manifester non leur enthousiasme évidemment, mais leur soulagement. Ils répétèrent plusieurs fois cette petite et basse manœuvre. Qu’ils n’aient pas aimé le film, c’est leur droit (bis), qu’ils privent les autres d’une projection « paisible » jusqu’au bout, c’est leur bêtise. On espère simplement que Philippe Garrel n’était pas dans les parages. Car évidemment, il ne mérite pas, bien au contraire, ces excès et ces outrances. Il était de bon ton ensuite, parmi certains journalistes, de déplorer sur toute la gamme chromatique dont sont capables les faux-culs qu’avoir sélectionné ce film était une aberration, qu’on lui rendait le pire des services, que Garrel courrait au massacre. Mais, chers confrères vertueux et donneurs de sélection, il ne tient qu’à vous de mouiller le maillot et de défendre haut et fort cette belle proposition de cinématographe. Mais vous n’en avez aucune envie ! Alors, de grâce, dites-le franchement et ravalez vos larmes de crocodile. Quant à ceux qui ont aimé : criez-le ! Pendant ce temps, « Un conte de Noël » (FI) connaît un beau démarrage dans les salles de cinéma. Bonheur sans mélange !

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