Chose promise... Mêmes rapides les quelques mots qui vont suivrent vous donneront, je l'espère, l'envie d'aller découvrir "Poursuite", le singulier premier film d'une réalisatrice, Marina Deak. Fiction, autofiction, docu-fiction, documentaire ? En jouant elle-même le rôle principal de son film, Marina Deak brouille un peu plus les pistes et les catégories toutes faites. Et on lui en sait gré ! Cette oeuvre à la premièe personne du singulier féminin séduit précisément par sa diversité radicale. Dans cet (auto)portrait d'une jeune femme d'aujourd'hui avec enfant mais sans mari avec mère et amant de passage, avec et sans boulot, l'actrice-réalisatrice livre les vérités d'une "condition féminine" en recomposition et interrogations qotidiennes. Si j'ai dit ailleurs déjà que me revenait en mémoire alors le souvenir d'une autre actrice-réalisatrice, Christine Pascal (référence partagée avec mon honorable confrère du Monde, Jean -Luc Douin, soit dit en passant pour prévenir tout risque de plagiat !). Toutes deux ont en commun, au delà des époques et du temps qui passe, cette même liberté grande à parler d'elle-même, de leur corps comme de leur âme et de ses états. On garde ainsi en tête le monologue écrit et joué par Christine Pascal dans "Des enfants gâtés" de Bertrand Tavernier, monologue centré sur le plaisir au féminin, un discours face caméra libéré des contraintes, en dehors presque du reste du film, comme un manifeste lancé tendrement mais fermement à la face sinon du monde, du moins des spectateurs bénévoles. Tout comme le souvenir de "Félicité", premier long métrage de la réalisatrice Christine Pascal dont les gouffres intimes sont restés béants. Marina Déak se paye elle aussi le luxe d'une forme d'onirisme érotique et cultive par ailleurs un réalisme dont la trivialité n'égale que la poésie qui en découle forcément dès lors que sa façon de promener sa caméra relève d'un style, d'un univers, d'un regard et non d'un simple filmage sans conséquence. Il est de toute évidence qu'une auteure est née et qu'il faudra compter sur elle si le système veut bien lui donner les moyens de laisser venir à nous sa prochaine chanson des rues. Avec "Poursuite",elle nous donne pour l'instant l'occasion de découvrir les contours d'une singularité intrigante et assurément alléchante. Ici, point de petits mouchoirs et de ligne droite, on s'en doute bien : les larmes ne sauraient tenir lieu de corde sensible et les lignes courbes ou cassées sont assurément le meilleur moyen pour parvenir à ses fins. Bien loin de se conformer aux canons d'un film d'auteur à la française qui ne serait plus que la caricature de lui-même dans le nombrilisme et l'infiniment petit, Marina Déak caracole en liberté dans ses mots et ses images à elle. On lui sait gré de bien vouloir nous les faire partager. Joli cadeau en vérité.

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