Dans son dernier film, Alice Winocour fait décoller son spectateur pour un espace inédit aux côtés d'Eva Green qui incarne une astronaute, une héroïne, une mère qui s’apprête à quitter sa fille pour effectuer une mission spatiale sur Mars. Les critiques saluent un film "puissant", "profond", "poétique" et "gracieux".

Eva Green et Zélie Boulant-Lemesle dans "Proxima"
Eva Green et Zélie Boulant-Lemesle dans "Proxima" © Pathé

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Avec Eva Green, Matt Dillon, Aleksei Fateev, Lars Edinger, Sandra Hüller. 

Un film sur la conquête de l’espace, mais qui se déroule sur Terre et se termine sur la base de lancement de Baïkonour. Ce sont en effet les préparatifs au grand décollage que nous montre la réalisatrice d'Augustine. Sarah (Eva Green), une astronaute française, a été sélectionnée pour effectuer dans l’espace une mission d’un an, en compagnie d’un Russe et d’un Américain. Elle est mère d’une fillette de 8 ans, Stella (Zélie Boulant-Lemesle). Le film raconte la préparation dans le centre d’entrainement de Cologne et de Star City, près de Moscou, mais aussi la difficulté, pour Sarah, à se séparer de sa fille qu'elle élève seule jusque là. 

Pierre Murat a été touché par la précision et le lyrisme des rapports établis entre les personnages

PM : "J'ai découvert plein de choses. C'est un film que j'aime vraiment beaucoup. Je m'en étonne moi-même parce que, au départ, je me suis dit que j'allais beaucoup m'ennuyer. 

Je trouve que c'est un film féministe au très bon sens du terme, c'est-à-dire que j'aime beaucoup la façon dont la réalisatrice instaure les rapports qu'il y a entre cette mère et cette petite fille (qui est étonnante, magnifique) parce qu'elle n'en fait pas un tire-larmes, ce qui est très tendance dans le cinéma parfois. 

Le personnage d'Eva Green sent bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Elle essaie de faire des choses, mais elle ne veut pas renoncer à sa vie, son métier. 

Je trouve que c'est un film extrêmement précis

C'est vrai que, souvent, chez Alice Winocour, c'est presque un documentaire. On retrouve cette précision, mais en même temps un vrai lyrisme dans les rapports de cette mère et de cette fille. La réalisatrice dit que, souvent, les astronautes femmes ont du mal à se dire qu'elles sont mères parce qu'on sent que ça va les déconsidérer tandis que les hommes se vantent beaucoup. Tout cela est dit avec beaucoup de finesse et beaucoup d'étrangeté". 

Eva Green et Zélie Boulant-Lemesle dans "Proxima"
Eva Green et Zélie Boulant-Lemesle dans "Proxima" / Pathé

Sophie Avon l'a trouvé très beau, saluant cet effet d'apprentissage continu de la vie tout au long du film

SA : "J'aime beaucoup le film. Sous couvert de montrer de manière très technique et précise, des choses très inédites, avec des scènes fascinantes, sous couvert d'un film féministe, Alice Winecourt arrive vraiment à faire un film sur ce que c'est que d'apprendre à vivre - à tous les âges de la vie : qu'on soit une petite fille de 8 ans, qu'on soit une femme de 30 ou 40 ans ou qu'on ait 80 ans.

C'est vraiment le métier de "vivre", comment se délester de tout, par une succession d'arrachements.

C'est très beau cette façon qu'elle a de montrer l'arrachement à la Terre, qui d'une certaine manière métaphorise tous ces arrachements et qui n'est jamais forcé, parce que tous ces délestages se renvoient les uns aux autres : on coupe le cordon quand on naît, ensuite on se sépare de sa fille, puis de sa mère, enfin on se sépare de la Terre... 

Je trouve qu'il y a quelque chose comme ça de vertigineux qui est vraiment très beau dans le film et qui dépasse de loin le simple féminisme".

Jean-Marc Lalanne en est sorti les larmes au yeux !

J-M L : "C'est un film extrêmement profond. Il y a le sujet évident, celui de la charge mentale, du fait qu'il n'y a que la femme qui culpabilise d'avoir à se séparer de son enfant. Et tous les hommes autour d'elle ne connaissent pas cette culpabilité que le film enfreint. C'est ce qui fait que le film est assez puissant. Mais au-delà, il y a quelque chose de beaucoup plus poétique et profond

C'est un film dont le sujet profond est la mort et comment préparer les autres à sa propre disparition

Le film est bouleversant de manière extrêmement impressionniste, qui n'opère que par toutes petites touches. Et à la fin, il y a une décharge émotionnelle extrêmement forte qui fait que j'en suis sorti les larmes aux yeux, alors même qu'on ne voit pas venir cette émotion. C'est vraiment pointilliste et extrêmement subtil dans sa composition

Eva Green réussit, pour une fois, ce registre extrêmement subtil de l'émotion".

Eva Green et Zélie Boulant-Lemesle dans "Proxima
Eva Green et Zélie Boulant-Lemesle dans "Proxima / Pathé

Pour Nicolas Schaller, on plonge dans un espace inédit, miraculeux et gracieux

NS : "C'est un film très intéressant et Eva Green amène cette "physicalité", ce côté très déterminant. C'est là que le film trouve un équilibre assez miraculeux entre le concret et le côté documentaire avec, toujours, cette note qui regarde ailleurs, c'est-à-dire l'envie d'aller sur la station internationale. 

C'est un film qui montre qu'on ferait mieux de s'occuper un peu aussi de soi, de la Terre, de ses proches plutôt que de fantasmer toujours l'ailleurs. Ça s'inscrit complètement dans un mouvement du cinéma spatial qu'on avait notamment vu dans "Ad Astra" : ce sont des films où on plonge dans l'espace, dans l'infini, pour se retrouver et se demander ce qu'on doit faire de soi-même. Il y a un côté psy dans ce cinéma-là et d'une certaine manière, celui-ci n'a pas les mêmes qualités que les autres, car il sait synthétiser toutes ces tendances. 

La mise en scène est peut-être beaucoup plus sobre mais il y a une vraie écriture, quelque chose d'assez miraculeux qui relève de la grâce".  

Le film

► Sortie en salles le 27 novembre 2019. 

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"Proxima", d'Alice Winocour : les critiques du Masque et la Plume

Par Jérôme Garcin

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