Le réalisateur à qui l'on doit "La Mort dans la peau" et "Jason Bourne" nous transporte en 1870 cette fois pour sillonner la frontière sauvage qui borde le Texas et le territoire indien peu après la guerre de Sécession, où un vétéran fait œuvre de rédemption en ramenant une enfant de 10 ans, rescapée, à sa famille.

Tom Hanks et Helena Zengel dans "La Mission" le dernier film de de Paul Greengrass (disponible sur Netflix)
Tom Hanks et Helena Zengel dans "La Mission" le dernier film de de Paul Greengrass (disponible sur Netflix) © Universal Picture France

Le film présenté par Jérôme Garcin

Nous voici dans un western, en 1870. Le capitaine texan Jefferson Kyle Kidd, un vétéran de la guerre de Sécession incarné par Tom Hanks, va de ville en ville, distribue aux populations qui ne savent pas lire, les informations qu'il a recueillies dans les journaux et qu'il lit à haute voix contre quelques pièces. Au cours d'une de ses tournées, notre capitaine rencontre une fillette de 10 ans, Johanna Leonberger, jouée par Helena Zengel, formidable, plus blonde que les blés et qui est d'origine allemande. Elle a été enlevée six ans plus tôt par une tribu d'Indiens, tribu où elle a grandi comme une des leurs. Notre capitaine va s'employer à la ramener contre son gré chez les siens, du moins chez son oncle et chez sa tante, en traversant des contrées hostiles, en affrontant des bandes de brigands et même une tempête de sable. Voilà ce qu'est la mission. 

Un film itinérant de deux heures avec un Tom Hanks très attachant.

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Charlotte Lipinska regrette "un film assez pépère, ennuyeux et artificiel"

"Il est attachant, Tom Hanks, mais, bizarrement, je trouve que ce Kyle Kidd est un personnage assez lisse. Il n'y a aucune zone d'ombre, il est très consensuel, très rassembleur, dans son rôle parce que, effectivement, il lit les nouvelles aux villageois le long de son périple. Ce qui est évident, c'est que si le film se passe en 1870, on sent bien la volonté de Paul Greengrass de donner un écho très contemporain à la division des États-Unis aujourd'hui, quand on entend certains qui crient "Texas First, Texas First", forcément, ça résonne à nos oreilles. 

Même si c'est un western plutôt bien fichu, c'est assez pépère.

Le film présente une multiplication de péripéties que je trouve très artificielles, le long de ce chemin très attendu entre un accident de chariot, une fusillade, des brigands… Même si la tempête de sable, c'est, pour moi, le seul moment assez beau où je me dis que j'aurais bien voulu voir le film sur grand écran. En effet, l'apparition des Indiens Kiowas dans cette tempête de sable est, à mon sens, le seul vraiment très beau moment de cinéma qu'il peut y avoir dans ce film". 

Ça se voit sans déplaisir aucun, mais c'est un peu vite vu, vite oublié.

Jean-Marc Lalanne a "suffoqué d'ennui" 

"Il y a une volonté très appuyée et très lourdingue de parler de l'Amérique contemporaine et d'imaginer quel grand récit pourrait aujourd'hui fédérer l'Amérique et la sortir de l'air des fake news.

Tom Hanks est quelqu'un qui véhicule de l'information. D'ailleurs, le premier mot que dit la petite fille indienne, c'est le mot "story". Il y a vraiment cette idée qu'elle sera aujourd'hui le grand récit qui va réunifier une Amérique défaite

Il y a une ambition un peu fordienne, dans cette idée qu'on a besoin d'un grand récit pour reconsolider l'Amérique, à travers des intentions très visibles et très lourdes

En termes de transposition cinématographique de ses intentions, le film est une catastrophe, une purge…

J'ai suffoqué d'ennui en le voyant.

Il y a une espèce de batterie d'effets scénaristiques pour relancer l'intérêt parce que sa vision de départ ne nourrit pas un film dans lequel tout est assez prévisible entre un problème de roues, une fusillade qui est dilatée sur 15 minutes… Le film est délayé comme ça, sans cesse. Et, surtout, sur le paysage américain, là, vraiment, on est dans l'imagerie, il ne sait pas filmer un désert. Pourtant, Paul Greengrass a vraiment un style à lui, il verse dans une certaine imitation de reportage qui, à son meilleur régime se traduit par La mort dans la peau où il y avait une vraie énergie dans ce filmage nerveux. Là, tout à coup, il s'est empâté…"

Il y a une solennité totalement vide d'affect, vide d'imaginaire. Le film est vraiment lisse et inintéressant.

Helena Zengel et Tom Hanks dans "La mission" de Paul Greengrass
Helena Zengel et Tom Hanks dans "La mission" de Paul Greengrass / 2020 Universal Pictures

Malgré "un film très attendu", Sophie Avon salue "un récit original pour un western"

"C'est un film très attendu, notamment avec l'apprivoisement progressif entre cet homme relativement au bout du rouleau, qui a quitté l'armée suite à la guerre, qui, à ce moment-là, s'est finie depuis peu. On sent qu'il est vraiment au bout du rouleau. On apprend ensuite quelles ont été ses propres épreuves.…

Quant à l'apprivoisement de cette petite fille, cela reste encore très attendu même si, par moments, ça fonctionne un peu. 

Ce qui m'a beaucoup intéressée dans le film, c'est le récit : il est imprimeur. Grâce à sa revue de presse, il lève l'espérance dans les villages, le film insiste beaucoup sur ce sentiment d'appartenance qui ne s'obtient que quand un pays est capable de trouver un récit commun. C'est le récit qui produit du sentiment d'appartenance, de la solidarité et de l'espérance. Je serais bien curieuse de savoir si c'est un sujet qui a été montré tant que cela dans le western. Je n'ai pas l'impression". 

Xavier Leherpeur "simpliste, benêt, gentillet et surtout longuet" 

"C'est un film qui va même jusqu'à être manichéen, notamment dans cette séquence où, effectivement, il refuse de lire ce que le patron veut absolument lire, et provoque ne serait-ce qu'en trois minutes, une révolte prolétaire. 

C'est tellement simpliste… C'est tellement benêt… C'est tellement gentillet…

Ce qui correspond malheureusement à l'exécution du reste du film : on place une situation, comme une roue qui casse, des pédophiles qui veulent kidnapper la gamine…

Pour le reste, c'est un problème. Au bout d'une heure et demi, on s'aperçoit que toutes nos propositions, toutes nos supputations s'avèrent efficacement complètement véridiques. 

Certes le film est pétri de fric, de bonnes intentions, mais il est d'un ennui long de deux heures. 

Helena Zengel et Tom Hanks dans "La mission" de Paul Greengrass
Helena Zengel et Tom Hanks dans "La mission" de Paul Greengrass / 2020 Universal Studios

Le film

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"La Mission" de Paul Greengrass

Par Jérôme Garcin

▶︎ Disponible sur Netflix 

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