Claude Chabrol, François Truffaut, Louis Malle, J-P Melville, Claude Lelouch : ils ont marqué l'Histoire du cinéma… 40 ans après, leur éclairage sur le cinéma reste passionnant.

Le metteur en scène de cinéma et l'un des inventeurs dans les années 60 de la "Nouvelle Vague", François Truffaut plaisante le 8 août 1983 dans la cabine de projection de la Cinémathèque française à Paris.
Le metteur en scène de cinéma et l'un des inventeurs dans les années 60 de la "Nouvelle Vague", François Truffaut plaisante le 8 août 1983 dans la cabine de projection de la Cinémathèque française à Paris. © AFP / MONIKA GUIREMAND

Les Radioscopies ont été diffusées sur les ondes de France Inter de 1968 à 1990 ; plus de 3600 invités se sont succédés au micro de Jacques Chancel. Parmi eux, quelques cinéastes… citons notamment :

  • Jean-Pierre Melville – 15 septembre 1969
  • François Truffaut – 24 juin 1969
  • Claude Chabrol – 27 mars 1970
  • Louis Malle – 17 mars 1972
  • Claude Lelouch – 21 janvier 1982

Les éditions Radio France et l'INA s'associent pour proposer, réunis en un livre passionnant, les Radioscopies de ces cinq réalisateurs français. Le livre est à découvrir sur le site des éditions Radio France.

Bien sûr, tous évoquent leur passion pour le 7e art, une passion qui souvent a commencé très tôt. Pour la plupart, leur chemin était déjà décidé à la fin de l'enfance : dès 12 ans, François Truffaut savait qu'il voulait être cinéaste.
Jean-Pierre Melville aussi.
Louis Malle a commencé à filmer en 8mm dès 8 ans, et à 13 ans, il savait qu'il serait cinéaste.
Chabrol, lui, n'était peut être pas aussi décidé, mais entre ses 10 et 15 ans, il organisait des projections cinématographiques dans un ancien garage de son village…

Pour tous, les études étaient presque accessoires ; la plupart a commencé à travailler très jeune. Ainsi - mais ce n'est pas le seul - on découvre en écoutant ces entretiens un Claude Chabrol adepte de l'école buissonnière :

Je n’allais pas en cours du tout ! et la cinémathèque, j’y allais tous le soirs.

François Truffaut, grand amoureux du cinéma

Le 24 juin 1969, Jacques Chancel reçoit François Truffaut sur les ondes de France Inter. Le réalisateur aime le cinéma, intensément - Jacques Chancel dit d'ailleurs de lui qu'il va "à la Cinémathèque comme un peintre va au Louvre".

Truffaut confirme :

Il y a des films que je vais voir à chaque fois qu’on les projette. Un film comme "Fenêtre sur cour" d’Hitchcock ou "Le Carrosse d’or" de Renoir, si ça passe quatre fois dans l’année à Paris, je vais le voir les quatre fois.

Ecoutez l'entretien dans son intégralité :

Jean-Pierre Melville, un "homme de cinéma"

De gauche à droite : Jean-Pierre Melville, Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel et Michèle Mercier lors de l'anniversaire de Vanel en 1962
De gauche à droite : Jean-Pierre Melville, Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel et Michèle Mercier lors de l'anniversaire de Vanel en 1962 © AFP

Jean-Pierre Melville est au micro de Jacques Chancel le 15 septembre 1969.

Je crois que je suis un homme de cinéma. On a l’habitude de dire "ce monsieur est un homme de lettres", on ne dit jamais "ce monsieur est un homme de cinéma. On dit toujours qu’il est un metteur en scène, ce qui ne veut rien dire puisqu'il n’y a pas de scène au cinéma ; on dit qu'il est un réalisateur de films, ce n’est absolument pas suffisant quand on écrit un scénario et qu’on est capable de diriger la photographie d’un film et quand on peut le monter. Alors je suis un homme de cinéma.

Ecoutez la Radioscopie en entier :

Claude Chabrol : Hollywood et la Nouvelle Vague

Le réalisateur français Claude Chabrol (G) joue avec le clap devant le visage de Michel Serrault lors du tournage du film "Les Fantômes du chapelier" d'après le roman de Georges Simenon, qui a débuté à Concarneau, le 20 janvier 1982.
Le réalisateur français Claude Chabrol (G) joue avec le clap devant le visage de Michel Serrault lors du tournage du film "Les Fantômes du chapelier" d'après le roman de Georges Simenon, qui a débuté à Concarneau, le 20 janvier 1982. © AFP / JEAN-PIERRE PREVEL

La Radioscopie de Claude Chabrol date du 27 mars 1970. Le cinéaste est prolifique : au moment de l'entretien il n'a que 40 ans à peine, et pourtant il a déjà réalisé un peu plus d'une vingtaine de films.

Claude Chabrol bénéficie depuis ses débuts d'une certaine reconnaissance dans le milieu cinématographique. Son premier film, Le Beau Serge, a été un succès. Il est considéré aujourd'hui comme le tout premier film de la Nouvelle Vague. Un film révolutionnaire qu'il a pu réaliser grâce à un héritage - c'est un heureux hasard en somme qui a changé l'Histoire du cinéma...

Pour lui, être cinéaste, c'est d'abord une histoire de passion, pas d'études - et d'ailleurs, il le dit au micro de Jacques Chancel : "On peut très bien faire du cinéma sans diplôme".

A Hollywood, les gens devenaient cinéastes après avoir été balayeurs du studio.

Il ajoute : "Comme c’était le début du cinéma, ils étaient là depuis le début alors on finissait par leur confier les films. Puis après, il y a eu une espère de blocage absolument prodigieux du cinéma, où les cinéastes devaient avoir été assistants pendant douze ans [...] c'était des classes absolument difficiles".

Louis Malle : le cinéma comme miroir de l'âme

Le réalisateur français Louis Malle donne une conférence de presse pour la présentation de son film "Le Souffle au coeur" au festival de Cannes en mai 1971.
Le réalisateur français Louis Malle donne une conférence de presse pour la présentation de son film "Le Souffle au coeur" au festival de Cannes en mai 1971. © AFP

Le 17 mars 1972, c'est Louis Malle qui parle au micro de Jacques Chancel. Il y donne l'une des clefs de son oeuvre cinématographique :

Quand c’est absolument nécessaire, je peux donner un coup de point, mais je n'ai pas envie d’en donner cinq pour le cas où le spectateur se moucherait pendant ce temps-là (...) Moi, je dis [les choses] une fois ou quelquefois je les dis à moitié.

Peut-être plus intéressant encore, il évoque aussi son rapport au cinéma :

J’essaie de savoir qui je suis en faisant des films et ça va un petit peu dans toutes les directions, mais maintenant, [à presque 40 ans] je commence à savoir.

Ecoutez l'entretien en intégralité :

Claude Lelouch : faire du cinéma envers et contre tous

Le réalisateur Claude Lelouch présente "Les Uns et les autres" à Cannes. Ce film a été primé par le Grand Prix de la Commission Supérieur Technique du cinéma
Le réalisateur Claude Lelouch présente "Les Uns et les autres" à Cannes. Ce film a été primé par le Grand Prix de la Commission Supérieur Technique du cinéma © AFP

La Radioscopie de Claude Lelouch date du 21 janvier 1982. À l'époque, son film Les Uns et les Autres venait de sortir, et rencontrait un grand succès public... et une certain dédain de la part des critiques. Le réalisateur producteur évoquait (déjà) au micro de Jacques Chancel ses rapports compliqués avec la critique.

... la première question qu’il me pose, c’est (...] “pourquoi la critique n’aime pas vos films ? ”Si tous les journalistes me posent cette question, ça commence à me rassurer, ça veut dire qu’il y a un problème entre moi et la critique qui n'a plus rien à voir avec le cinéma.

Une force de résilience et une persévérance incroyable. Et qui s'annonçait dès ses premiers pas dans le milieu :

J'ai essayé de rentrer à l'IDHEC, on m'a rejeté J'ai essayé de rentrer dans d'autres écoles de cinéma, on m'a rejeté. Alors, à partir de ce moment-là, je me suis dit, bon bah je fais du cinéma. J'ai inventé mon propre système D cinématographique pour pouvoir arriver à faire du cinéma avec des bouts de ficelle.

Ecoutez l'entretien en intégralité :

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