Sicario affiche
Sicario affiche © Radio France

"C'est un film de facho", "il me dégoûte", le film de Denis Villeneuve a énervé les critiques du Masque et la plume : Danièle Heymann (Marianne), Michel Ciment (Positif), Xavier Leherpeur (Studio-Cinélive), Pierre Murat (Télérama) et Jérome Garcin (France Inter)

La présentation de Sicario par Jérôme Garcin :

Sicario du canadien Denis Villeneuve était en compétition à Cannes. C’est un film de plus sur la zone de non droit colonisée par les narco-trafiquants qui sépare le Mexique des États-Unis où d’ailleurs les cadavres sont pendus par les pieds sur le bord de l’autoroute, avec Emily Blunt dans le rôle de Kate, cette agent idéaliste - c’est le moins que l’on puisse dire - du FBI en gilet pare-balles, qui doit éliminer le parrain d’un cartel.

Elle opère sous les ordres d’un dur à cuire. C’est Josh Brolin qui est aidé par un agent mystérieux joué par Benicio del Toro qui répète qu’ici c’est le territoire des loups. C’est un territoire où plus rien ne distingue l’humanité de l’animalité, ni la légalité de l’illégalité. Ça dure deux heures, c’est plutôt bien foutu. Mais expliquez-moi pourquoi, j’ai l’impression de l’avoir vu déjà 15 fois…

Pierre Murat :

Moi aussi, je me pose cette question. Le film Traffic de Soderbergh avec plus de force, d’adresse et de violence expliquait ces phénomènes. Ce personnage d’Emily Blunt de flic idéaliste qui découvre que le vaste monde, et surtout là où elle vit, est un repère de coquins et de vilains est le minimum syndical que l’on puisse demander à un film comme ça. C’est le minimum syndical que l’on puisse demander à un film d’action comme ça. Denis Villeneuve, est un cinéaste efficace, mais je le préfère quand il fait de la psychologie un peu lourde comme dans Prisoners que dans la simple efficacité.

Michel Ciment :

Oui, mais c’est un film de genre. Oui, pour dire que Traffic de Soderbergh, est la matrice des films qui décrivent la frontière mexicaine qui est un enfer. C’est la métaphore du monde d’aujourd’hui qui est dans un tel état de sauvagerie. Ce qui est intéressant, c’est que ce soit un Québécois qui raconte cette histoire et rivalise avec les Américains.Dans 20 ans, on le regardera en se disant que c’est un très bon film de genre. A Cannes, on le regardait en se disant qu’est-ce qu’il fait dans la compétition, or il était meilleur que pas mal de films en compétition. Je trouve le personnage féminin extrêmement intéressant, ce n’est pas fréquent de voir un personnage féminin face à des personnages dans une sauvagerie. C’est un film qui remplit son contrat.

Danièle Heymann :

On peut prendre ce film pour un grand film féministe, puisque l’héroïne est la seule non pourrie. Au bout d’un quart d’heure, je me suis dit : « oh, zut, j’ai loupé le coche, j’aurais dû compter les cadavres… » Parce que c’est extraordinaire, c’est industriel : ça commence par une tuerie épouvantable, puis effectivement il y a des corps pendus par les pieds nus… J’ai été touchée par Benicio Del Toro, qui est un consultant mutique et douloureux qui dessoude absolument tout ce qui bouge.Denis Villeneuve, veut dénoncer la violence, mais il fait une sorte d’apologie filmique, parce que c’est très bien fichu, et montre un esthétisme de la violence qui, moi, me dégoûte.

Xavier Leherpeur

Je ne voulais pas m’énerver, mais tant pis. C’est un film extrêmement douteux, ce film est une saloperie ! Il faut dire les choses comme elles sont. On se fout de la forme, quand elle cache un fond aussi nauséeux. Ce n’est pas possible !Il y a une complaisance dans la scène d’ouverture à filmer des cadavres momifiés dissimulés derrière du Placoplatre dans une maison, et on a 35 gros plans sur ces corps déchus, détruits… Avec une musique pour pales d’hélicoptère qui scande : regardez comme c’est horrible, regardez la mort en face. Mais je m’en fous. C’est un film de petit facho, prosélyte de la justice expéditive, des exécutions sommaires… Vous me dîtes qu’il y a un personnage féminin, mais il n’en fait rien. D’abord il la masculinise à la première réplique : «Vous avez un mari ? Je suis divorcée. Vous avez des enfants ? Non je n’en veux pas ! » L’escroquerie de ce film-là, c’est de nous faire croire que c’est une héroïne, donc une femme, donc détentrice d’une certaine morale, mais le film, fait comme les mecs dans le film : ils l’ignorent. Ils passent devant elle. Ils tirent à tout-va. Ce n’est pas possible de faire aujourd’hui un film aussi sommaire sur des choses aussi compliquées. C’est un film de testostérone de petit mec couillu qui vient nous faire son petit numéro de cinéma. Je n’en ai rien à foutre, mais vraiment ! C’est un espèce de bouc, qui dit qui fait regardez ce que je sais faire ! Denis Villeneuve fait ça depuis Incendie, et ce n’est pas possible qu’on soit encore aujourd’hui à considérer ce mec-là et à l’inviter dans un festival comme celui de Cannes. Je suis désolé…

Ecoutez l'extrait du Masque consacré à ce film :

►►► L'émission qui parle deSicario

Et aussi : Le Masque a 60 ans : à vos souvenirs ! __

La bande annonce :

Les autres films :

  • Fatima , de Philippe Faucon.
  • Ni le ciel ni la terre , de Clément Cogitore.
  • The Visit , de Night M. Shyamalan.
  • Asphalte , de Samuel Benchetrit.
  • Sangue del mio sangue , de Marco Bellochio.
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