Qui n'a pas mis ses doigts en V devant les yeux en dansant sur "You never can tell" de Chuck Berry pour imiter John Travolta et Uma Thurman dans Pulp Fiction ?

Tournage de Pulp Fiction avec Quentin Tarantino à la caméra, Uma Thurman et John Travolta - 1994
Tournage de Pulp Fiction avec Quentin Tarantino à la caméra, Uma Thurman et John Travolta - 1994 © AFP / MIRAMAX / Collection ChristopheL

Il faut dire que cette scène est entrée dans l'histoire du cinéma par la grande porte, armée d'une palme d'or au festival de Cannes en 1994. Exit le porté de Dirty Dancing qui valu à madame deux côté fêlées et une luxation pour monsieur. Les gens pouvaient envisager de mettre le feu à la piste de danse et acquérir une stature hollywoodienne lors du mariage de la cousine, sans risquer le claquage.

Tarantino fait du neuf avec du vieux

Parler de la place de la musique dans les films de Quentin Tarantino, c'est enfoncer des portes ouvertes me direz-vous... Certes, depuis Reservoir Dogs en 1992, le réalisateur américain a prouvé que sa culture musicale était aussi forte que sa culture cinématographique. Et ce n'est pas donné à tout le monde. A travers ses films, il sauve de l'oubli des titres des années 70 avec lesquels il a grandi comme certains comédiens que l'on croyait définitivement disparu. Coucou John Travolta. "Quentine" remet au goût du jour le rock, dépoussière la surf music avec le tube Misirlou venue tout droit de Grèce dans les années 20.

De Little green bag de George Baker à La puntura della morte d'Ennio Morricone, Tarantino construit ses histoires avec la musique. Elle contribue à donner une personnalité au film qu'il crée. Elle fait partie des dialogues et même partie intégrante de la scène. Elle est dans l'autoradio, à la télévision, dans l'appartement. La musique est aussi l'objet de discussion entre les personnages. La musique est un personnage à part entière. Elle doit scotcher le spectateur au début, et elle doit l'empêcher de quitter la salle à la fin.

La compil' du siècle

Ainsi en 1994, MCA qui vend la bande originale ne s'est pas vraiment préparée à un tel succès même si le service communication n'hésitait pas à distribuer des cassettes singles dans les salles de concerts avant la sortie du film. Si la maison de disque se base sur 50 000 disques vendus en France, elle est loin du compte. Il faudra en compter 300 000 de plus soit 3 disques d'or. Cette bande originale se retrouve 21ème au classement Billboard et s'est écoulée à 3 millions et demi d'exemplaire, si on arrête le compteur en 2014. Son casting musical, comme celui du film, est composé de stars comme Kool and the Gang, Al Green, Dusty Springfield, Neil Diamond ou encore Chuck Berry, mais avec des titres que l'on aurait presque oubliés. De fait, le coût des droits fut bien inférieur à ce que cette bande originale a rapporté. Autant dire que l'opération fut juteuse. Même Forrest Gump qui plaçait dans sa playlist tous les standards américains ne put rivaliser.

You never can tell

Dans Ciné qui chante spécial Los Angeles, Laurent Delmas introduisait ainsi le titre de Chuck Berry, sorti en 1964 :

C'est dans un café de Los Angeles que débute le film Pulp Fiction, de Quentin Tarantino sorti en 1994. Et l'une de ses scènes cultes se déroule dans un restaurant de cette même ville. John Travolta, alias Vincent Vega, y est contraint de danser avec Mia Wallace, jouée par Uma Thurman, la femme de son patron. Contraint peut-être mais créatif aussi, tout comme sa partenaire de concours.

It was a teenage wedding, and the old folks wished them well, You could see that Pierre did truly love the mademoiselle, And now the young monsieur and madame have rung the chapel bell, "C'est la vie", say the old folks, it goes to show you never can tell

Tarantino trouvait à cette chanson, à la mélodie inspirée de la musique caribéenne, des airs de Nouvelle Vague française qu'il vénère, avec ses mots français. Et sur la piste du Jack Rabbit Slim's contest, comme on le voit dans cette vidéo, même le réalisateur s'est mis à danser...

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