La France compte autant de festivals de cinéma que de jours dans l’année et de fromages, soit 365. C’est faux ! Les festivals de cinéma sont plus nombreux encore ! D’accord, il n’existe aucune statistique officielle, mais le chiffre de 400 serait plus proche de la réalité. Je le sais depuis hier, après avoir passé une journée à Lyon pour animer une table ronde organisée par l’association Festivals Connexion. Cette dernière fédère 58 festivals pour la seule région Rhône-Alpes. Jusque-là, j’en connaissais cinq : ceux de Bron, Autrans, Annecy, Aubenas et Annonay. Seulement voilà, il en existe 53 autres qui vont du festival des Cinémas et cultures d’Asie de Lyon jusqu’au festival du film pour enfants de Vizille, en passant par les Rencontres des films de résistances de Thônes ou bien encore la Caravane des cinémas d’Afrique de Sainte-Foy-les-Lyon. On mesure mal ce que cela veut dire : les heures et les heures de travail pour mener à bien ces manifestations, la somme des volontés et des énergies nécessaires, le tout porté par des bataillons de bénévoles sans lesquels rien ne serait possible. Or, cette activité est indispensable pour la culture cinématographique. Elle permet à des films, courts et longs, de circuler et d’aller à la rencontre de leurs publics. Elle donne à voir des cinématographies lointaines ou marginales. Elle fait circuler les films du patrimoine. Elle est la base de formidables travaux pédagogiques et à destination de différents publics. Bref, les festivals de cinéma font partie intégrante du paysage. Il convient donc de les préserver et de les encourager.Des menaces pèsent pourtant sur certains d’entre eux en ces temps de budget culturel revu à la baisse. Le ministère de la Culture entend rogner sur ses subventions et parfois de façon dramatique. On voit apparaître des critères de rentabilité appliqués à des manifestations culturelles qui n’en peuvent mais. C’est l’ère du soupçon qui s’ouvre : un festival de films africains… est-ce bien utile ? est-ce bien raisonnable ? est-ce bien rentable ?! « On » fait semblant de croire qu’un festival de cinéma n’est après tout qu’un événement ponctuel, éphémère et pour tout dire élitiste. « On » sait pourtant que c’est faux : la plupart des festivals de cinéma se prolongent tout au long de l’année à travers des actions en milieu scolaire notamment. Mais qui veut faire l’ange fait la bête : remettre en cause la pérennité et même l’existence de ces festivals, c’est jouer une fois encore avec le feu et viser l’appauvrissement culturel.La phrase du jour ? « Partout où l’inventable l’emporte sur le programmable, il y a encore du cinéma. »Serge Daney, « L’exercice a été profitable, monsieur », P.O.L

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