Le producteur Vincent Maraval à choisi un drôle de moment pour pousser son réjouissant coup de gueule sur les rémunérations colossales et disproportionnées de certains acteurs français. L'affaire Depardieu n'y est pas étrangère. À son propos, on s'étonne un peu que l'axiome qui va suivre n'ait pas réglé une bonne fois pour toute ladite polémique :

Gérard Depardieu est un immense acteur français qui tutoie le génie quand il est dirigé par Truffaut,Pialat, Téchiné, Chabrol ou Giannoli.Gérard Depardieu est un minable contribuable français, un citoyen-gougnafier alors que ceux qui ont tout devraient militer pour un choc de solidarité. CQFD.

Mais revenons à Maraval qui dit tout haut ce qui se sait bien bas dans les milieux cinématographiques. Et qui n'est pas nouveau, loin s'en faut. En 2000, un autre producteur de renom, Charles Gassot, en charge d'un rapport officiel sur l'état du scénario en France, pointait déjà du doigt des cachets d'acteurs inversement proportionnels à la modestie, voire à la médiocrité des sommes allouées aux scénaristes. Douze ans plus tard, rien n'a changé : le scénario reste le parent pauvre d'un secteur qui se plait à surpayer quelques acteurs stars. Quand on considère la grande pauvreté d'écriture de la plupart des comédies françaises destinées au grand public, on se dit en effet que quelque chose est pourri dans le royaume des cabots. Mais quelle autre industrie de prototypes pourrait ainsi se payer le luxe de délaisser son département "recherche et développement" pour l'unique profit de ses "démonstrateurs"....?!!! Donc Maraval à bien raison de foncer tête baissée sur ces voleurs de patates dont certains ne font même plus recettes. Un grand coup sur la tête pour ces individualités oublieuses que le cinéma est d'abord un art collectif. Pan sur des comportements de droite, par conséquent. Mais, soucieux peut-être d'équilibrer son propos, Maraval poursuit curieusement son raisonnement en taclant la gauche et son goût de la chose publique. Un coup à droite, un coup à gauche, c'est beau comme du Rocard, mais est-ce pertinent ?

Le système français qu'on nous envie tant à l'étranger et qui s'exporte même est un hommage à Robin des bois et non l'antichambre d'un financement public d'une industrie privée, comme nos bons libéraux feignent de croire à intervalles réguliers : les recettes des films qui marchent financent en partie des projets plus "fragiles" sur le papier. Quoi de plus moral ? Et soit dit en passant, sans ce système le cinéma français en serait au même niveau que les cinématographies allemande ou italienne, entre autres, c'est à dire tout simplement au plus bas du bas de leur histoire...Par un curieux hasard et une douce ironie, quelques pages après la tribune de Maraval, on pouvait lire dans le même numéro du journal Le Monde cette affligeante et inquiétante nouvelle : la région Franche-Comté a décidé de supprimer purement et simplement en 2013 sa ligne budgétaire annuelle de 400 000 euros dédiés à l'aide au cinéma en région. Adieu courts métrages, documentaires et tournages délocalisés. Et voilà pourquoi il ne faut pas crier au loup et croire que la très nécessaire baisse des cachets pourrait allègrement s'accompagner par ailleurs d'une éventuelle baisse de ce genre d'aides culturelles. Gardons-nous de jeter la potion magique du cinéma français avec l'eau du bain du trop gras Obélix. Crise oblige, le désengagement public pourrait s'avérer catastrophique pour des pans entiers de l'industrie cinématographique française. Que le système soit perfectible, assurément. Que la baisse de certains cachets soit indispensable, mille fois oui. Mais mille fois non à une remise en cause d'un système qui nous donne à voir Brisseau et Lvovsky, Ferran et Doillon, Mazuy et Dumont. Alors vite, que les gros salaires baissent leur pouvoir d'achat et que la puissance publique continue d'injecter de la redistribution dans ce monde de brutes ! C'est le vœu qu'on formule pour le septième Art français en ce 31 décembre 2012.

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