Le deuxième film de Frédéric Beigbeder passé au crible des critiques de l’émission Le Masque et la plume.

Affiche de L'Idéal
Affiche de L'Idéal © Frédéric Beigbeder

Avec Xavier Lerherpeur (7e Obsession), Eric Neuhoff (Le Figaro), Jean-Marc Lalanne (Les Inrockuptibles) et Pierre Murat (Télérama).

La présentation de Jérôme Garcin :

"L’idéal qui rime avec L’Oréal… C’est le deuxième film après « L’Amour dure trois ans » de Frédéric Beigbeder avec Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Jonathan Lambert. C’est l’adaptation de son propre roman Au secours pardon. Proust, c’est Octave Parangot, le rédacteur de pub de 99 francs qui était incarné par Jean Dujardin dans le film de Jan Kounen. Je dis ça pour ceux qui ont leurs fiches bien à jour.

Le nouveau Parangot est devenu model escout à Moscou, autrement dit chasseur de mannequins. Comme Eric Neuhoff, il vit au milieu de filles à poil. Il fréquente des oligarques poutiniens camés, partouzards… Mais un beau jour l’Idéal, un groupe de cosmétique mondial dirigé par l’androgyne Jonathan Lambert, et sa dame de fer, Audrey Fleurot contactent Octave pour dénicher en Russie et en sept jours (attention zeugma !) la nouvelle égérie de la marque, la précédente ayant été blackboulée pour cause de sextape. Elle doit être grande, maigre, blanche et vierge. Il va tout faire pour la trouver. Le clou de la fête, c’est l’orgie donnée dans un château par un oligarque, chez lequel, il n’y a pas que de la vodka dans les cocktails, et où un train fantôme conduit les invités au septième ciel. Ça dure une heure et trente minutes. C’est une caricature, le tout est de savoir à quel degré…"

Pierre Murat : « Fréderic Beigbeder devrait continuer à écrire des livres et arrêter les films »

"Je ne connais pas Frédéric Beigbeder, ça doit être un type très sympa. Le problème, c’est qu’il est certainement un compagnon de beuverie de débauche tout à fait plaisant et il a une plume, mais il n’est pas doué pour le cinéma. Et il faudrait qu’il arrête. Déjà le premier était très très moyen. Et celui-ci est pire. Il n’y a pas un seul mouvement de caméra… Il y a une scène hilarante : c’est quand la fameuse fille qui était l’égérie de la marque, celle qui a eu des problèmes à cause de la sextape. Elle s’excuse en public en donnant une interview. L’interview est hilarante, parce que plus elle s’excuse, plus elle s’enfonce et multiplie les bourdes racistes et imbéciles. Ça dure une minute et demie, et c’est vraiment très drôle. Le reste, on oscille entre un cynisme, dont on se dit mais pourquoi, et un sentimentalisme… Je ne comprends pas, ça n’a aucun intérêt. Il devrait continuer à écrire des livres et arrêter les films."

Xavier Leherpeur : 'L’Idéal, il y a le meilleur et le pire de Frédéric"

Audrey Fleurot dans L'Idéal
Audrey Fleurot dans L'Idéal / Frédéric Beigbeder

Le piège est tendu. Comme j’ai travaillé au Cercle, l’ex-émission de Frédéric Beigbeder sur Canal +,  je ne le connais pas bien, mais je le connais... mais je fais attention à mes sextape, moi. L’Idéal, il y a le meilleur et le pire de Frédéric. Je suis d’accord sur cette scène dont tu parles : elle fait en une minute mieux que le film d’Yvan Attal d’une heure et quarante-cinq minutes sur l’antisémitisme et la bêtise humaine, le racisme larvé qu’on essaye de tenir à distance. Jonathan Lambert me fait beaucoup rire en directrice/teur de cette grande boîte parce qu’en même temps c’est un très grand comédien. Audrey Fleurot me séduit comme à chaque fois dans une comédie : il faut avouer qu’elle a une rectitude très dominatrice, qui va très bien à la comédie. C’est une Jacqueline Maillan en plus jolie. Je suis un grand fan de Jacqueline Maillan, je regarde Lily et Lily en boucle, mais Audrey Fleurot a en plus une sévérité, un charisme un peu sexuel… Le Luna Park est inutile au possible, sa manière de tout brasser ensemble qui lui ressemble tellement. Il a une belle plume, mais il a un masque aussi. Il est beaucoup plus pudique qu’on ne le croit. Quand il baisse la garde, avec la solitude et la mélancolie, il attrape quelque chose.

Eric Neuhoff : Beigbeder, un mélange de Jean Yanne et de Vadim

Avec ce film, on comprend qui est Beigbeder : un mélange de Jean Yanne et de Vadim. Il y a le côté « Tout le monde il est beau » qui se moque du milieu dont il est issu, et le côté Vadim : le cinéma est le moyen de rencontrer les plus jolies filles du monde. Et là, il a fait ça : tout le côté dénonciation de l’univers du cosmétique, je n’y crois pas trop. Mais c’est un narcissique. C’est un écrivain. C’est bourré de formules, et de mots d’auteur. Il s’amuse. Le film n’est pas mal mis en scène. Les bureaux sont très bien filmés. J’avais peur qu’il bascule dans le romantisme : ce n’est pas le côté que je préfère chez lui, mais il existe. Le film est éloigné du livre. On sent que Frédéric Beigbeder aime le cinéma, qu’il a trouvé son Jean-Pierre Léaud avec Gaspard Proust qui est très bien.

Image de L'Idéal
Image de L'Idéal / Frédéric Beigbeder

Jean-Marc Lalanne : "Je suis déçu par le film qui est moins bon que le premier"

Je suis déçu par le film qui est moins bon que le premier. Je pense qu’il est meilleur en tant qu’analyste du sentiment, et là dans le domaine de la critique politique, c’est inopérant. Il est dans une forme de schizophrénie, on ne sait jamais s’il est dedans ou dehors. Le film oscille entre le premier et le second degré. Finalement, il veut choisir le dehors en imaginant une sorte de rédemption à son personnage. Une sorte de transcendance, mais on est toujours dans le factice. Dans le détail, il y a des réussites locales, notamment quand Jonathan Lambert, qui est un acteur génial, campe comme un PDG qui se comporte comme un dictateur…

Ecoutez l’extrait du Masque et la plume consacré à L’idéal de Frédéric Beigbeder :

►►► Réécoutez Le Masque du 26 juin

Regardez la bande annonce :

BONUS :

Quand Eric Neuhoff défend le film Camping 3 devant les critiques du Masque atterrés :

Charline Vanhoenacker : « quand on voit les frères Beigbeder, c’est un véritable plaidoyer pour la drogue »

►►► ET AUSSI I La déclaration de Daniel Morin à Audrey Fleurot

Les autres films :

  • • Un traitre idéal, de Susanna White.
  • • La Forêt de Quinconces, de Grégoire Leprince-Ringuet.
  • • L’Outsider, de Christophe Barratier.
  • • Tout de suite maintenant, de Pascal Bonitzer.
  • • Dans les forêts de Sibérie, de Safy Nebbou.
  • • La loi de la jungle, d'Antonin Peretjatko.
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