En 1971, un an avant l'explosion du Watergate, à une époque où la presse papier avait encore du pouvoir, Meryl Streep et Tom Hanks se battent pour révéler un secret d'état dans les pages du "Washington Post"… Que vaut le film de Spielberg ? Extrait des critiques du "Masque et la Plume".

Tom Hanks est Ben Bradlee, rédacteur en chef a Washington Post en 1971
Tom Hanks est Ben Bradlee, rédacteur en chef a Washington Post en 1971 © Universal Pictures International France

Meryl Streep interprète Katharine Graham, la patronne du Washington Post, et Tom Hanks est Ben Bradlee, son rédacteur en chef. Ensemble, ils vont batailler, rivalisant à la fois avec la Maison Blanche et leur concurrent, le New York Times, pour publier cet énorme document secret defense de 7000 pages obtenu illégalement, qui démontre la responsabilité des États-Unis dans la guerre du Vietnam et surtout leurs manipulations pour la justifier…

Sophie Avon : "Pas emballée par le film"

L'histoire est passionnante, il y a une vertu sans doute pédagogique... Mais on aimerait bien qu'elle aille avec la vertu cinématographique

J'ai trouvé ça très plan-plan ; j'ai l'impression d'avoir vu ça 1000 fois. En dépit d'un scénario solide, qui oriente ça de manière intelligente avec l'histoire d'une femme qui s'émancipe, ça passe tellement par le filtre hollywoodien des stéréotypes !... 

Tom Hanks et Meryl Streep surjouent à mort. 

Sophie Avon : "Meryl Streep surjoue la pusillanimité... C'est une bonne idée d'en avoir fait un femme timide, effacée, qui est considérée comme une potiche et qui petit à petit, avec douceur, va imposer - mais là aussi, elle surjoue la timidité !"
Sophie Avon : "Meryl Streep surjoue la pusillanimité... C'est une bonne idée d'en avoir fait un femme timide, effacée, qui est considérée comme une potiche et qui petit à petit, avec douceur, va imposer - mais là aussi, elle surjoue la timidité !" / Universal Pictures International France

Nicolas Schaller : "Je suis enthousiaste"

Ce que je trouve très beau, c'est le pur moment de cinéma : arriver à créer un suspens sur ce qui n'est, au fond, que des histoires de discussions dans des Chambres. Spielberg a un côté assez pédagogique : il raconte le présent à travers le passé. Ça fait partie un peu de son optimisme. C'est comme reprocher son idéalisme à Capra et le côté patriotique des films de Ford ! 

Il traduit des choses assez simples en effets de cinéma avec une énergie qui moi m’enthousiasme... Il y a un vrai charme. Quand je sors de ce film, j'ai envie de dégoter un scoop.

Danièle Heymann : "La platitude extraordinaire de la réalisation est stupéfiante"

On ne peut pas dire que ce ne soit pas un sujet absolument passionnant. Et on ne peux pas dire que le pouvoir de la presse est toujours menacé, et qu'il y a une résonance contemporaine et moderne... Mais la platitude extraordinaire de la réalisation est complètement stupéfiante. 

Il y a de gens qui sont dans des bureaux et qui se parlent. Et quand ils ont fini de se parler, ils enclenchent de looooongs couloirs - parce que tout cela est très angoissant. 

À un moment donné, j'étais pleine d'espérance, parce que c'est aussi un film féministe. Meryl Streep / Katharine Graham est prise comme une potiche, comme une veuve friquée qui n'a aucun sens du journalisme... mais si. Cela manque incroyablement de finesse !

Sur le tournage de "Pentagon Papers", le nouveau film de Spielberg, dans les salles françaises depuis le 24 janvier 2018
Sur le tournage de "Pentagon Papers", le nouveau film de Spielberg, dans les salles françaises depuis le 24 janvier 2018 / Universal Pictures International France

Xavier Leherpeur : "C'est un film d'eau tiède"

C'est le Steven Spielberg qui m'énerve : un film prudent, un film qui finit bien. C'est un film qui essaie de nous faire croire qu'aux Etats-Unis la presse a encore une liberté. Mais bonhomme, regarde autour de toi !

Ce qui m'intéresse, c'est ce qui se passe aujourd'hui. Spotlight était éminemment plus intéressant, plus incisif, plus contemporain. C'est un film recroquevillé sur sa petite histoire, qui essaie de nous rappeler que l'Amérique a été glorieuse…

À un moment donné, ça sent tellement la poussière que je vois pas l'intérêt qu'il a eu, à part l’opportunisme de remettre deux vedettes à l'écran dans des rôles taillés pour eux et pour les Oscars

Ecoutez

Ecoutez toutes les critiques échangées autour de Jérôme Garcin sur Pentagon Papers par Xavier Leherpeur (7ème Obsession), Danièle Heymann (Bande à part), Sophie Avon (Sud-Ouest) et Nicolas Schaller (L’Obs) :

9 min

"Pentagone Papers" de Steven Spielberg : les critiques du Masque et la Plume

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