Affiches de films pornographiques, cinéma de Londres - 1970
Affiches de films pornographiques, cinéma de Londres - 1970 © corbis

Le 3 avril, pour le Vendredi Saint, les deux derniers cinémas pornos de Quito seront fermés. Malgré internet et des lois de plus en plus restrictives, ces salles de cinéma survivent tant bien que mal dans la capitale équatorienne.

Depuis la fin des années 80, les cinémas pornographiques ont subi de plein fouet l'arrivée d'abord des cassettes vidéos, puis d'Internet et ont fermé tous les uns après les autres pour se transformer en bars ou en salles de spectacles beaucoup plus classique. En France, quelques cinémas subsistent mais les salles obscures classées X ont du mal à survivre de part le monde.

Dans la ville de Quito, en Equateur, deux cinémas pornos résistent encore et toujours à l'ennemi 2.0, grâce à quelques discrets fidèles. Seules conditions à respecter dans cette ville très conservatrice et catholique : les femmes ne sont pas autorisées dans les salles et la fermeture est obligatoire le jour du Vendredi Saint.

Ils s'appellent l'Hollywod et l'America et ne diffusent donc pas les grands classiques du cinéma américains. Dans les années 80, 1200 spectateurs se pressaient devant l'entrée chaque jour pour découvrir les nouveautés de ce cinéma bien particulier. Ils ne sont plus que 120 aujourd'hui à venir voir "Muñequitas" ou "Esposa insatisfecha" . Le public est âgé de 40 à 70 ans et contre quelques dollars, peuvent assister à la séance d'un film, grâce au projectionniste Patrice Veloz qui garde dans sa cabine les photos de ses petits enfants, ainsi que des images pieuses. Les clients font profils bas pour éviter les insultes et les moqueries. Les parents masquent les yeux de leurs enfants quand ils passent devant la salle, même si les affiches des films sont désormais à l'intérieur de ce que certains pensent être la maison du diable.

Même si certains clients ont désormais un accès Internet à la maison, ils continuent pourtant de fréquenter l' Hollywood ou l'America . Fabian, un des clients, explique par exemple que les petits écrans lui font mal aux yeux et préfère donc le confort offert par l'écran géant.

Les femmes, elles, sont interdites de films depuis cinq ans suites aux plaintes du voisinage. Cette décision n'a pas favorisé le destin des salles, qui accueillaient régulièrement des couples. Désormais, certains d'entre eux passent aujourd'hui devant avec une pointe de nostalgie.

Nous pourrons laisser le mot de la fin au sociologue Christian Leon , auteur du livre "Le cinéma de la marginalité" , à propos du cinéma X face aux nouvelles technologies :

La salle de ciné obscure reste un lieu de refuge plus intime

source AFP

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