C’est pour l’instant un drôle d’été de cinéma qui s’annonce : quelques « grosses » sorties américaines pour enfants (« L’Age de glace 3 ») ou pour ados (« Harry Potter 23 »), avec côté français les nouveaux films attendus d’auteurs reconnus (Podalydès, Guiraudie, Honoré, Larrieu, Corsini) et puis comme une apothéose, un bouquet final avec LE film de Jacques Audiuard, « Un prophète », sans oublier des premiers films comme celui de Caroline Bottaro et de très nombreux films étrangers venus d’un peu partout (Hongrie, Brésil, Canada, Japon, Palestine, Tunisie, Mexique et d’autres encore). Impossible d’aller plus loin dès lors que je n’ai pas encore vu l’immense majorité de ces films. Mais des désirs, des envies, des attentes sont déjà là. A suivre donc. Et juste pour l’information, 82 nouveaux films sortiront sur les écrans français entre le 1er juillet et le 26 août.Pour l’heure, c’est à dire pour ce mercredi qui vient de nous apporter sa moisson de 11 nouveaux films, que vous conseiller ? Hélas, pas « Fais moi plaisir » d’Emmanuel Mouret dont on avait pourtant aimé « Changement d’adresse » et plus encore le craquant « Un baiser, s’il vous plait ». Cette fois la sauce lunatique et doucement à côté de la plaque de Mouret ne prend pas et se perd au contraire dans des citations inutiles et desséchantes. Dommage vraiment. En revanche, le « petit » film américain indépendant de la réalisatrice Laurie Collyer, « Sherrybaby » mérite qu’on s’y arrête un instant. Pas pour le scénario à proprement dit que l’on a l’impression d’avoir vu voire revu ! Ex-toxicomane en liberté conditionnelle après trois ans de prison, Sherry Swanson tente de réapprendre à vivre « normalement » avec sa petite fille âgée de cinq ans gardée jusque-là par son frère et sa belle sœur. A ce propos, mon confrère du « Monde », Jean-François Rauger cite le réalisateur italien Riccardo Freda : « Il suffit de séparer la mère de ce qu’elle aime le plus au monde, son enfant, , et tout de suite tu as conquis le public. » Pas mal vu et comment ne pas être dans l’empathie aussi naturelle que nécessaire ? Bref, pour atteindre le cœur du film, il faut sinon dépasser du moins amplifier cette première dimension et la remplacer dans un contexte social, presque sociologique. C’est l’Amérique que nous montre la réalisatrice qui devient le personnage principal du film : une Amérique des petites banlieues sans âme à la population quelconque. Par petites touches, elle construit le tableau d’une décomposition sociale au beau milieu de laquelle émerge la figure de cette Mère Courage bien décidée à ne pas se laisser endormir. Pour son enfant, elle résiste, bien décidée à ne pas l’abandonner évidemment, bien décidée à ne pas ressembler à cette famille qu’elle juge fondée en partie un mensonge, une fausseté, un renoncement au bonheur.C’est la blonde actrice Maggie Gyllenhaal (découverte dans « La Secrétaire » de Steve Shainberg) qui incarne Sherry. Avec force, détermination et une foi inébranlable dans un demain meilleur qu’aujourd’hui.Ah ! ça ira !La phrase du jour ?« Prendre la plume, c’est toujours une audace suprême. Et s’il existe encore des anneaux magiques dans notre monde, c’est là où la volonté de créer surmonte cette résistance. »Ernst Jünger, « Journal »

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