Ce n’est pas la première année, mais cela m’a frappé plus que d’habitude peut-être. Dans ce dossier de presse, la nationalité des cinéastes n’apparaît plus. Elle est née où Annemarie Jacir, la cinéaste de « Milh Hadha Al-Bahr », un premier film qui figure dans la sélection « Un certain regard » sur laquelle je promène le mien (de regard) ? Il parle quelle langue Serguey Dvortsevoy lui qui présente également son premier film, « Tulpan » ? Tous égaux, tous frères, sans frontière, ni drapeau sur la Croisette ? Le village monde, quoi. Curieux à l’heure du Tibet, par exemple, ce mouvement parallèle d’une déterritorialisation (ça rime avec détérioration, non ?). La langue d’un film pourtant, ce n’est pas rien. Que l’on ne fasse pas des films des représentants diplomatiques et les cinéastes des ambassadeurs plénipotentiaires, soit, qu’on laisse l’ONU à la porte du Palais des Festivals, dont acte. Mais pourquoi nier à ce point l’origine culturelle, le lieu d’où ils viennent ces cinéastes, l’endroit d’où ils s’expriment ? Ma voisine suédoise va être contente au fait, puisque j’ai découvert que sous le nom de Ruben Ostlund se cache un compatriote à elle, le cinéaste d’un film qui s’appelle « De Ofrivilliga ». Non, la Suède ne sera pas absente cette année, je peux respirer tranquillement. Mais décidément pourquoi faut-il chercher cette information-là. C’est si mal d’être né quelque part ? Ailleurs, dans ce même dossier de presse, on nous dit que globalement il y aura 31 cinématographies nationales présentes dans la sélection officielle. C’est bien, non ? c’est enthousiasmant de savoir que les fenêtres vont être largement ouvertes cette année encore. Cannes comme une formidable agence de voyage, un atlas pas forcément idyllique mais c’est la règle du jeu de la réalité. Depuis que je viens à Cannes, j’ai l’impression de partir en voyage durant dix jours. Retrouver Babel en voyant les films de Liu Fendou, Bent Hamer, Jean-Stéphane Sauvaire, Bong Joon Ho, Amat escalante pour ne prendre que quelques noms dans cette sélection-là. Cela sent le large non ? Mais alors pourquoi se priver du nom des pays qui se cachent derrière ces beaux noms propres de cinéastes ? « Nom de pays : le nom. Nom de pays : le pays. » Signé Proust Marcel qui écrivait en français et pensait en universel. L’un ne va pas sans l’autre. L’un sans l’autre, c’est langue morte. C’est promis, on va le faire ensemble ce tour du monde et on trouvera les pays, histoire de ne pas « cinéphiler » idiot. Et pendant ce temps-là, à quel score en étaient les Ch’tis ?

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