Ainsi vont les semaines au cinéma : elles ne se ressemblent pas ! Mercredi dernier, tout semblait un peu terne. Mercredi prochain affiche quelques belles couleurs, avec onze nouveaux films « seulement » (c’est en dessous de la moyenne actuelle…). Parmi eux, deux véritables perles fort différentes. D’une part, le superbe documentaire de Fabienne Godet sur et avec Michel Vaujour, « Ne me libérez pas, je m’en charge » dont il a déjà été largement question dans « On aura tout vu » puis ici-même dans un récent post. À ce propos, je dois noter que nous avons reçu beaucoup de courriels qui expriment tous l’émotion ressentie par leur expéditeur à l’écoute des propos de Vaujour en direct. N’ayant aucun tropisme particulier pour le banditisme, ni aucun penchant pour les truands, je confirme aisément que Michel Vaujour séduit son auditoire autrement que par la fascination du « bandit » sur le pauvre monde. Et c’est tant mieux !L’autre sortie de ce mercredi, c’est le nouveau film du brillant Benoît Jacquot, « Villa Amalia », avec Huppert et Anglade. En propos liminaire, rappelons qu’il s’agit de l’adaptation d’un livre éponyme de Pascal Quignard et profitons de ce propos-là pour s’interroger une fois de plus sur cette drôle de chose qu’est l’adaptation d’un livre à l’écran. Michel Audiard sur le sujet avait une idée bien arrêtée : il convient d’adapter de mauvais livres pour tenter de faire de bons films ! Quant à Claude Chabrol, il a parfaitement résumé la difficulté de l’entreprise en expliquant que, par exemple, il faudrait un film de deux heures pour transcrire sur grand écran le contenu de la première page du « Père Goriot » de Balzac ! Bon courage pour la suite, ajoutait-il. On a toujours la tentation de se livrer au petit des différences entre le livre et le film, mais c’est une démarche un peu vaine. Il faut admettre que les livres qu’on aime seront toujours « trahis » à l’écran. La vidéosphère de ce point de vue est toujours en retard sur la graphosphère. L’image n’a pas tué le livre. Il n’en reste pas moins que « Villa Amalia » le film est captivant. Ne serrait-ce que parce qu’il ajoute un volet plein de qualités à la saga Huppert. Jetez un coup d’œil à l’affiche du film de Benoît Jacquot : on y voit de dos une adolescente en petite robe fleurie et sandales estivales regarder le lointain maritime les mains croisées dans le dos. Comme, souvenez-vous, « La Dentellière » jadis sur sa falaise… C’était il y a plus de trente ans. Huppert est resté cette jeune fille. Et nous que sommes-nous devenus ? Des spectateurs peut-être un peu blasés et quoi qu’il en soit beaucoup moins juvéniles que cette frêle silhouette et son ombre portée. Mais, au moins, nous regardons la même chose qu’Huppert : la mer, le lointain, l’avenir. Et c’est tant mieux (bis !)La phrase du soir ?« M’interromps pas quand je t’interlocute, Lucien mon chien ! »Chavasson, alias Guy Marchand, à Lucien Cordier, alias Philippe Noiret, dans « Coup de torchon » réalisé par Bertrand Tavernier, d’après un livre de Jim Thompson adapté avec Jean Aurenche

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