Le documentariste Régis Sauder saisit l'abandon dans lequel se trouvent les habitants de Forbach en Lorraine. C'est sa ville natale, "une ville de malheur".

Régis Sauder
Régis Sauder © Radio France / DR

Régis Sauder s'est fait connaître il y a quelques années avec "Nous, princesses de Clèves". Cette fois c'est sa ville natale qu'il scrute avec ses yeux d'adulte. "Je n’ai pas aimé une partie de ce que j’ai vécu à Forbach donc j'ai un peu fui cette ville, comme nombre d’adolescents qui veulent quitter leurs parents sans doute. En y revenant de temps en temps j’ai vu la ville se déliter. ", explique-t-il.

Dans Retour à Forbach il remonte à l'après-guerre, et à toutes ces explications qui n'ont pas eu lieu, tous ces éclaircissements qui n'ont jamais été faits sur le rôle des uns et des autres auprès de l'Allemagne ou de la France.

Une ville renvoyée à sa honte

Régis Sauder raconte : "Nous n'étions jamais dans la langue dominante ; cela a généré quelque chose de discriminant. Les cadres de la mine étaient désignés comme des gens de la France de l’intérieur, car ils avaient l’usage du français ; la langue était une disparité sociale. Avec la langue, on a été Allemand ou Français".

Il a donc manqué des mots et une histoire racontée au sujet de cette ville entre deux mondes, entre vainqueurs et vaincus. Il a aussi manqué des mots pour raconter une histoire industrielle, et un déclin inéluctable. C'est le piège dans lequel les habitants sont pris aujourd'hui.

Polonais, Maghrébins, Italiens, ce territoire est au croisement de multiples arrivées migratoires, le lieu commun de multiples communautés. Pour autant c'est bien là que le Front National enregistre des scores autour de 40 % aux élections. Pour Régis Sauder, "la crise industrielle étant passée par là, il y a beaucoup de logements vacants, il y a de la place et donc on y envoie désormais des réfugiés, ça fait double peine dans l'esprit de certains habitants. La montée du Front National se joue sur plusieurs facteurs, le sentiment d'abandon et l'impression que le dernier arrivé est la cause de tous les malheurs. La question que je me pose dans le documentaire est : est-ce que la souffrance que j’avais en tête est en rapport avec celle de la ville ? Tout cela renvoie à la honte, un sentiment de relégation, et d’impossible renaissance".

"J'essaie d'avoir le sourire malgré tout"

Mohammed livre dans le film un témoignage poignant. Ouvrier, il a accepté une baisse de salaire plutôt que le chômage, on devine une vie passée à tirer le diable par la queue, mais Mohammed dit "J'essaie d'avoir le sourire malgré tout. La violence sociale, on s'y habitue. C’est une société de classe, garder son emploi, la santé, c’est un enjeu quotidien"

Régis Sauder garde malgré tout espoir dans le renouvellement des populations. Dans sa maison natale, une nouvelle famille vient s'installer. "Il y a des gens qui font que tous les jours la vie est possible à Forbach", conclue-t-il.

La Lorraine, au cinéma

Quelques films pour raconter la Lorraine.

Party Girl, de Samuel Theis, Marie Amachoukeli, Claire Burger (2014)

Angélique Litzenburger est une reine de la nuit. Elle a accepté d'être l'héroïne de ce film. Elle aime encore la fête, elle aime encore les hommes. La nuit, pour gagner sa vie, elle les fait boire dans un cabaret à la frontière allemande. Avec le temps, les clients se font plus rares. Mais Michel, son habitué, est toujours amoureux d’elle. Un jour, il lui propose de l’épouser.

"Forbach", court métrage de Claire Burger

Les Joyeux Lurons de Michel Gérard, 1972 (avec Alice Sapritch et Paul Préboist )

Dans un petit village de Lorraine, trois malfrats déguisés en prêtres rendent visite à un candide curé de campagne. Ces derniers affirment être envoyés par l'évêque afin de récupérer un précieux reliquaire d'une valeur inestimable. Le comportement peu approprié des faux religieux commence à alerter les villageois, sans pour autant faire douter le curé de leur bonne foi. Alors que les situations compromettantes s'enchaînent pour le trio, leur escroquerie est sur le point de devenir concluante...

Divine Emilie d’Arnaud Sélignac, 2007

La vie d'Émilie du Châtelet, mathématicienne et physicienne au temps des Lumières. Elle est née à Paris en 1706 et morte à Lunéville en 1749, est une mathématicienne, femme de lettres et physicienne française.

Il y a longtemps que je t’aime de Philippe Claudel, 2008

Pendant 15 années, Juliette n'a eu aucun lien avec sa famille qui l'avait rejetée. Alors que la vie les a violemment séparées, elle retrouve sa jeune sœur, Léa, qui l'accueille chez elle à Nancy, auprès de son mari Luc, du père de celui-ci et de leurs fillettes.

Une minute de silence de Florent Siri, 1998

Marek, le Polonais, et Mimmo, l'Italien, vivent en Lorraine à Freyming-Merlebach à la frontière franco-allemande et travaillent à la mine depuis l'âge de seize ans. Ils sont amis et partagent les angoisses de la mine et les joies des sorties.

En décembre 1995, une grève éclate et bouscule violemment leurs habitudes. Marek se sent concerné et veut trouver sa place auprès des syndicalistes, mais Mimmo rêve d'un avenir qui est ailleurs. Au fur et à mesure que la grève s'intensifie, la tension monte et leur amitié est mise à rude épreuve.

Le Train de 08h47 de Henry Wulschleger, 1934

Au 202e régiment de chasseurs, La Guillaumette et Croquebol sont envoyés en mission par le capitaine Hurluret à la recherche de quatre chevaux. Les deux lascars se trompent de train et arrivent à Bar-le-Duc où ils se perdent dans la ville endormie. Ils seront reconduits à leur caserne par les gendarmes, et le capitaine Hurluret se montrera une fois de plus un supérieur indulgent.

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