Allons ! Il faut reprendre le chemin du blog ! Non par obligation, mais par plaisir. Celui d’écrire chaque jour ou presque sur des images en célébrant les noces nécessaires de la graphosphère et de la vidéosphère, pour reprendre les termes chers au médiologue Régis Debray. Et c’est d’ailleurs de lui dont il sera question dans ce premier round 2010. De lui ou plutôt de sa plume, puisqu’on vient de recevoir le nouveau numéro de la revue trimestrielle qu’il dirige, « Médium ». Lecture roborative comme à chaque fois, fondée sur la transmission sous toutes ses formes. Dans son malicieux feuilleton-journal intitulé « Pense-Bête », Debray consacre quelques lignes au film de Ken Loach, « Looking for Eric » déjà largement évoqué ici-même. Mais on ne résiste pas à l’envie de vous transmettre précisément le texte inspiré de Régis Debray dont il convient alors de rappeler qu’il fut un interlocuteur idéal face à Serge Daney pour une série d’entretiens restés fameux et qu’il est l’auteur d’un formidable scénario sur Albert Londres publié en son temps mais hélas jamais tourné. Citation :« « Looking for Eric », admirable allégorie qui nous rappelle que l’homme a besoin de maître pour apprendre à se passer de maître, comme le chevalier du temps de Saint-Louis, d’un aîné déjà dans la place pour s’en faire adouber. Au Moyen-Age, Saint François d’Assise téléguidait les bonnes âmes. La star du foot galvanise les corps et l’intendance spirituelle suit. Le chrétien recrutait ses entraîneurs parmi les êtres de légende disparus, et nous, non plus télépathiques, mais télévisuels, nous préférons demander aide et secours psychologiques à des intercesseurs visibles en chair et en os. Le guide n’a plus le droit d’être mort. L’au-delà ne nous étant plus rien, nous exigeons du comptant. Mais toujours par le truchement d’une image. Dans la fable naturaliste de Ken Loach, ce n’est plus une fresque ou une icône, mais un poster d’Eric Cantona accroché au mur qui s’anime sous les yeux du postier dépressif et le conduit à l’original exemplaire (ce glissement de l’ombre au corps est la plus jolie métaphore du film).Encore une fois un film, non un livre, vient s’incruster dans l’esprit comme un air Brel ou de Brassens. Loach nous livre le goût de l’époque. Je ne vois guère de roman contemporain (peut-être en lis-je trop peu) pour me rendre pareil service : l’intelligence par l’émotion, détour qui donne accès aux choses mêmes. » (in « Médium » n°22, janvier-mars 2010)Pertinent , non ? Tout est dit en peu de mots sur le film de Loach.A nouvelle année, nouvelle fin désormais :Je me souviens de Dominique Sanda jouant au tennis dans « Le Jardin des Finzi-Contini ».

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