M Bellocchio
M Bellocchio © Radio France / Vincent Josse

En 2008, en Italie, un père a obtenu de la justice le droit de ne plus alimenter sa fille qui était dans le coma (Eluana Englaro). Cela a rendu fou les catholiques italiens, qui ont vu dans cet acte d’amour, un crime. Le débat sur l’euthanasie qui a suivi a été d’une violence extrême.

Bellochio part de ce drame intime et social et invente des destins d’hommes et de femmes en proie au doute. Une jeune catholique, militante du mouvement pro-vie, tombe amoureuse d’un jeune laïc … et ses certitudes vascillent. Son père, un sénateur, est plus que perturbé par ses collègues qui veulent voter une loi contre l’euthanasie. Doit-t-il démissionner pour dénoncer l’intolérance qui règne dans cette Italie berlusconienne plongée dans un état végétatif ?

Isabelle Huppert joue la mère de la jeune fille dans le coma. Une mère ancienne actrice qui a plongé dans le mysticisme et la folie. Il faut la voir prier, accompagnée de ses domestiques, faire des va et vient dans les couloirs. Cette foi là fait vraiment peur.

La belle endormie
La belle endormie © Radio France

Après « Vincere », ce film qui ressemblait à un opéra, inspiré d’une histoire entre Mussolini et une femme du peuple, Marco Bellochio s’attaque de front au poids de la religion en Italie. Les histoires fictives qu’il entremêlent démontrent le lien étroit et malsain entre la société, la politique et la religion. Un sénateur confie à son confrère qui doute : « on ne peut pas gouverner sans le Vatican ». Homme de gauche, Bellochio interroge par sa fiction : quelle est notre liberté ? Comment réussir à défendre sa propre morale, quand la religion vous empêche de penser par vous même ?

Marco Bellocchio a du courage. La politique et la religion, dans ce qu’elles ont d’intolérant, de révoltant, traversent ses films. Il continue à tourner dans un pays où la télévision domine. A 73 ans, il se définit comme un vieil animal, dans une réserve. Mais il tourne, toujours, en s’inspirant de ce qu’il vit, de ce à quoi il assiste et ses films sont beaux et puissants. Ici, les couleurs sont froides et l’image sombre. Le film est assez austère, mais sa gravité reste en mémoire. C’est un témoignage sur l’Italie contemporaine, peuplée de somnambules, et au-delà, un film sur nous, sur notre époque.

"La belle endormie", Marco Bellocchio.

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