Que retiendra-t-on de Guillaume Depardieu?Son talent d'abord, que confirmait chacun de ses films, une vingtaine. Magnifique de présence dans "Ne touchez pas la hâche" de Rivette, inspiré de "la Duchesse de Langeais" de Balzac, Depardieu fils rappelait son père dans ce film, par ce mélange rare et complexe de puissance et de douceur. Ce père dont il avait combattu l'ombre étouffante en s'abîmant dans la vitesse, la violence, la drogue et l'alcool. Guillaume Depardieu faisait un peu peur car on le devinait capable d'atteindre un niveau de souffrance peu ordinaire, mais il gardait toujours en lui quelque chose de l'enfance, un côté solaire et radieux, la grâce. Thierry Frémeaux, délégué général du Festival de Cannes où Depardieu présentait "Versailles" en mai dernier, déclarait hier soir : "Guillaume ne négociait pas avec ses convictions, il avait peur de montrer sa grande générosité, de peur qu'on en abuse".En 2004, pour une émission consacrée à Hervé Guibert sur France Culture, j'avais demandé à Guillaume Depardieu de lire des textes de l'écrivain mort du Sida en 1991. Il était venu, en boitant légèrement, récemment amputé d'une jambe. Acteur délicat, garçon bien élevé, modeste et très concentré, il tremblait un peu durant la lecture. Et quand Guibert évoquait sa découverte du Sida et son envie -enfin- de vivre, le lien entre eux sautait aux yeux, bouleversant. Comme si les deux artistes exprimaient le même rapport au monde, la même incapacité de s'en protéger, la même fragilité. Guibert mourut à 36 ans, Guillaume Depardieu, à 37.

Antoine d'Agata/Magnum
Antoine d'Agata/Magnum © Radio France
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.