La blague récurrente chez les critiques de cinéma pour décrire leurs états d'âme quand ils n'ont pas aimé un film (litote) : "On ne fait pas un métier facile". A prendre au second degré évidemment : aucun d'entre nous ne doute un instant de la chance qui est la sienne d'être payé (mal ou bien, c'est une toute autre histoire !) pour aller voir des films chaque jour ! Mais, que voulez-vous, il faut bien décompresser à la sortie de la projection des "Infidèles", ce petit film vulgaire et à sketches qui lorgne vers les "Les Nouveaux monstres" et le cinéma de Bertrand Blier sans jamais atteindre l'acidité des premiers et la verve du second et qui en définitive s'avère d'un moralisme affligeant de banalité et de petitesse (tromper c'est pas bien et c'est même être un homo en puissance, telle en est la puissante morale....c'est Vanneste qui sera content !). Et, décidément, oui, on ne fait pas un métier facile quand, un autre jour, il nous faut voir jusqu'au bout le prochain film du grand Coppola, véritable naufrage dont je préfère vous taire jusqu'au nom...

La grande illusion restaurée
La grande illusion restaurée © 1937 STUDIO CANAL

Et puis heureusement, il y a les projections dont on sort en se disant "Quel beau métier, je fais !". C'est ainsi quand on redécouvre la version intégralement restaurée de "La Grande Illusion" de Jean Renoir qui sort en salles et en DVD (chez StudioCanal). On retrouve Gabin, von Stroheim, Fresnay avec une image et un son comme neufs dans un noir et blanc parfaits et surtout dans une partition scénaristique et cinématographique qui n'a pas pris une ride. On valide une fois de plus que Truffaut avait vu juste : "La Grande Illusion" pourrait s'intituler "La Règle du jeu" et inversement. On est toujours chez Marivaux, le vrai, pas celui que Voltaire pulvérisait ceertainement par jalousie. Le vrai Marivaux donc celui qui montre sans fards la lutte des classes au travail, avec ses personnages qui à chaque fois dansent sur ou carrément dans le volcan comme c'est le cas avec ce film de guerre. En ces temps de dialogue franco-allemand à marche forcée, on se régale de retrouver ce vieux couple dans un contexte belliqueux. Mais ce dernier n'efface en rien la règle d'airain des solidarités de classe qui prévalent contre vents et obus. De l'actualité des propos de Renoir... Il y a chez ce cinéaste un incroyable mélange de simplicité et de complexité, comme chez Aragon, comme chez Picasso, comme une sidérante capacité à décrire les états du monde qui sont comme autant d'états d'âme. Et, au moment où, élection présidentielle oblige, chaque candidat cherche son peuple, on constate que Renoir lui l'a trouvé depuis toujours ce peuple et qu'il sait parfaitement le montrer sans l'ombre d'une caricature ou d'une outrance, tandis que les "puissants" sont traités avec la même attention et le même soin. Il en ressort un cinéma qui est d'abord le reflet d'une nation et le miroir d'une universalité humaine. Autant dire la perfection.

Un mot pour terminer. Si des images de cinéma nous restent, celle de l'impeccable Marcel Dalio aux prises avec Gabin dans la neige et chantant "Il était un petit navire..." fait partie assurément du lot. Jamais peut-être deux hommes ne se sont aussi bien dit qu'ils s'aiment et qu'ils se haïssent d'une même voix et d'un même élan.

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