Difficile d’échapper à Jean-Louis Trintignant quand on est à Uzès… A la devanture d’une librairie, on découvre une affiche qui annonce que dans quelques jours il lira ici des textes de Vian et Prévert. A la terrasse d’un café de la Place aux Herbes, on peut déguster un verre de « Rouge Garance 2007 », le vin issu des vignes que l’acteur possède avec un couple de vignerons. Au cinéma, une salle porte son nom. Enfin, on peut toujours revoir sur DVD l’un des films qu’il a réalisé, « Une journée bien remplie ». Soit le récit totalement foutraque du meurtre de neuf personnes dans une même journée par un même couple qui sillonne les routes gardoises en side-car. On y voit Uzès à plusieurs reprises. Le film date de 1972 et certaines rues du centre ville sont encore poussiéreuses, non asphaltées. C’est une autre cité, celle d’avant la restauration tous azimuts, celle dont certains vieux immeubles s’écroulaient y compris sur la place principale. Le film de Trintignant devient ainsi un témoignage sur une géographie disparue. La forme d’une ville, c’est en soi un discours cinématographique. De Trintignant à Resnais (en passant par Rappeneau, déjà cité, et Costa-Gavras pour « Un homme de trop » dont une scène au moins a été tournée ici), les cinéastes nous donnent à voir et « leur » Uzès et l’état de la ville au moment où ils tournent. Une subjectivité et un temps particulier, cette addition rend particulièrement stimulante la rencontre entre ville et cinéma. Le fait d’être physiquement présent à Uzès donne précisément l’envie de revoir les films qui la prirent pour décor. Il faudrait prendre le temps de revoir ces films. Voir ou revoir des films sur DVD notamment : programme estival par excellence. Y parviendra-t-on ? Là n’est véritablement la question. Ce qui compte ici, c’est d’abord d’exprimer ce désir : partager un film, comme on partage un livre, un moment, une pause. Ah ! la belle perspective !On peut quitter Uzès de mille manières. La plus belle (et la plus cinématographique !), c’est assurément d’emprunter la route qui la relie à la ville la plus proche, Nîmes. Non pas qu’on y traverse le camp militaire dit des Garrigues, mais parce qu’on suit les gorges du Gardon à partir du pont Saint-Nicolas ! A l’une des extrémités dudit pont se trouve en surplomb des gorges et du Gardon, le prieuré de Saint-Nicolas de Campagnac, lieu incroyable, véritable balcon sur le vide, mystérieux ensemble avec chapelle romane intégrée, domaine fantasmé depuis des décennies. C’est désormais un hôtel. Il faudra qu’un jour, je me décide à briser sinon le rêve du moins le tabou : arrêter la voiture et franchir le portail d’entrée du prieuré. Et tant pis, si les « fantômes viennent à ma rencontre » !… En attendant, je me souviens que c’est là dans ces gorges sublimes et austères que Clouzot tourna une partie de son film « Le Salaire de la peur » avec Montand et Vanel. On est loin de l’Amérique du Sud, décor « officiel » du scénario. Mais qu’importe, on y croit grâce à cette route aussi sinueuse que dangereuse qui monte des gorges. Ici, le Gard, c’est le … Pérou ! Magique, forcément magique.Ah ! ça ira !La phrase de la journée ?« Résister »C’est le mot gravé par les Huguenotes emprisonnées, sur un mur de la Tour de Constance, leur prison d’Aigues-Mortes

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.