Post Cannes, dubitandum est ! Oui, il faut douter (c’est la devise que l’autre Marx, Karl par conséquent, avait placé au-dessus de son bureau, histoire de relativiser ses théories…). Il faut douter, donc, mais pas du cinéma. Plutôt de ses strasses, paillettes et autres festivals de compétitions et de rivalités en tout genre. Douter de la réalité même de tout cela. Ce blues salutaire m’envahit en lisant un livre que je viens de recevoir. Publié dans la collection des « Petits cahiers des Cahiers du Cinéma », il est signé Juliette Cerf et s’intitule « Cinéma et Philosophie ». En une petite centaine de pages roboratives, ma consœur de « Philosophie Magazine » se livre à un exercice redoutable : la vulgarisation cinéphilique, comme il est de règle dans cette collection fort précieuse. Borgès se disait persuadé que « Homère avait lu Proust ». Juliette Cerf croit dur comme fer que Platon, avec sa caverne, était au courant de l’arrivée d’un train en gare de La Ciotat. Elle a évidemment mille fois raison, la plate chronologie n’a rien à voir avec l’invention des images, dès lors que, chacun le sait bien, la technique est accessoire et doit être l’esclave servile d’une pensée en liberté, elle ! Or donc, cinéma et philosophie se connaissent et se reconnaissent. Il y a du cinéma chez les penseurs antiques. Quant au cinéma d’après 1895, il a intégralement pillé les autres arts et activités intellectuelles antérieurs. Il est par définition un art de récup, une activité de glaneur et de glaneuse. Dans sa dimension d’orpailleur-chiffonnier, le cinéma n’a pas négligé la philo et ses philosophes. Avec bonheur, Juliette Cerf recense les mariages : Bresson et Descartes, Rohmer et Pascal, du côté des grands hommes, Bergman et la mort, Cronenberg et la violence, du côté des idées. Sans compter les représentations des philosophes à l’écran, multiples, diverses. On passe ainsi d’un sujet un peu aride sur le papier à de jolies variations sur la façon dont le cinéma se pense et pense le monde qui l’entoure à travers des concepts et des courants de pensée qui existent par ailleurs.Bref, on ne saurait trop recommander la lecture de ce « petit » livre, parfaite introduction pour visiter et revisiter des films et des œuvres, à l’aune de cette drôle de chose inutile et essentielle qu’est la philosophie. A lire Juliette Cerf, on se dit que le cinéma pourrait être une bonne façon d’amener des élèves rétifs (par exemple !) à envisager les interrogations philosophiques comme sinon naturelles du moins familières.Dernière petite remarque cannoise. On glose beaucoup sur les bisbilles internes au jury présidé par Isabelle Huppert. Pour avoir en toute liberté mis en scène à plusieurs reprises l’Huppert présidence, le blogueur serait mortifié de laisser penser que ce matriarcat cannois ne lui convient pas. Il a au contraire porté ses fruits : la mère supèrieure Isabelle a rendu son verdict en récompensant en fille obéissante Haneke et en sœur jalouse Audiard. La messe est dite. Pardon, ite missa est !La phrase du jour ?« Et sois la plus heureuse étant la plus jolie »Apollinaire, « Poèmes à Lou »

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