Un film australien, mais ni folle du désert, ni mad Max ! Non, un premier film d’auteur qui a obtenu la Caméra d’Or au Festival de Cannes cette année. Ecrit et réalisé par Warwick Thornton, ce « Samson et Delilah » (sur les écrans depuis mercredi) n’entretient qu’un lointain rapport avec le mythe biblique auquel son titre fait allusion. Il est certes question de perte de cheveux ici, mais c’est d’abord en référence à une pratique funéraire. Le Samson du film ne perd pas sa force mais marque seulement son deuil (donc, il est vrai, un peu de perte de vitalité…). Dans une première partie, il est question d’un amour en formation au pays des aborigènes : Samson essaye de séduire sa Delilah sans prononcer un mot, sans que jamais une parole d’amour ne sorte de la bouche de l’un ou de l’autre. Question de culture et non de pari idiot évidemment. Cette première histoire sans parole ou presque (mais pas sans musique, alors) déconcerte au départ le spectateur peu enclin à succomber aux charmes d’une parade amoureuse quasimennt animale et bien peu humaine selon nos propres canons… Et puis, au fil des séquences, des gestes et des attitudes, la magie opère. Et quand il écrit sur un mur son amour, Samson, communiquant moderne après tout, trouve le slogan adéquat, juste, celui dont chacun rêve, simple mais pas simplet, suffisant mais nécessaire : « Samson et Delilah tous les jours ». Beau programme, non ? Le reste serait précisément de l’ordre du discours. Impossible assurément de faire plus direct, plus concret et plus explicite. Aucune animalité en vérité, mais l’essence même de l’humanité.Vient ensuite une seconde partie au cours de laquelle nos deux amoureux désormais ensemble se rendent à la ville comme d’autres en Terre promise. Ce qu’il y découvriront n’a rien du paradis, hélas. Libres sur leur territoire sauvage et rugueux, ils deviennent les damnés de la ville. Pas d’urbanité dans ce décor qui s’emploie à les broyer, aucune solidarité, nulle sollicitude. Ou comment deux être libres se transforment en pantins dérisoires dont les corps eux-mêmes n’ont plus d’autonomie. La véritable animalité est donc ici mais c’est le fait des Blancs des villes et de personne d’autre. Effet de miroir garanti pour nos bonnes consciences candides. Dans la jungle de nos villes blanches, Samson et Delilah se perdent eux qui rêvaient d’un amour silencieux mais définitif, quotidien mais solide. Preuve que le silence est d’or !Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Quel joli soir pour jouer ses 2O ans. »Barbara, « Septembre »

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