Ken Loach doit se frotter les mains. "Looking for Eric" profite de la date à laquelle il est programmé. Projeté après des films d'une violence rarement atteinte, le cinéaste britannique a été ovationné et son film bénéficie d'un bouche à oreilles formidable. C'est comme si l'on redécouvrait que Loach a beau défendre des idées généreuses de gauche et dépeindre les ravages du capitalisme, il est aussi capable d'humour et même de saillies presque aussi hilarantes qu'un Woody Allen en grande forme. "Looking for Eric" suit la vie d'un postier de Manchester, un rien déprimé. Deux beaux-fils délinquants à charge, une femme qu'il a quitté sans raison et qu'il regrette... Ne lui reste qu'à dialoguer avec le poster géant de son idole et celle de ses copains de pub : le roi Cantonna. Jusqu'au jour où le footballeur se retrouve devant lui et devient son meilleur allié, son manager, celui qui voit le verre à moitié plein. Une sorte de Jiminy Cricket. Cantonna abreuve le postier d'aphorismes sentencieux et fait un carton dans la salle. Pour cette bonne humeur et cette façon de ne pas se renier (une photo de l'Angleterre précaire d'aujourd'hui), Loach mérite ces applaudissements, sans réussir tout de même son film le plus inoubliable.Rire fait du bien, sans doute, après "AntiChrist" de Lars Von Trier, qu'il est impossible de totalement rejeter (ce serait injuste), mais qui déboussole par sa violence gratuite et l'opacité de son discours. Un couple perd son enfant, la douleur et la folie gagnent la mère (Charlotte Gainsbourg) tandis que le père, psychanalyste (merveilleux Willem Dafoe) entreprend avec elle une psychanalyse sauvage. La thérapie mènera le couple amoureux dans une maison perdue au fond des bois, la culture rejoindra la nature, le réèl se teintera d'onirisme et de croyances médiévales terrifiantes, et la dame très habile avec sa boite à outils se conduira en sorcière maléfique Mais pourquoi? Pourquoi le gore? Un spectateur en sortant rebaptisait cet "Antichrist", "Sans clitoris, mais avec glands". Vous comprendrez si vous voyez le film... déçus que vous serez, peut-être, devant ces images somptueuses et ce récit au demeurant passionnant qu'un discours excluant et obscur vient brouiller.

Le visage de Ken Loach s'invite sur un échaffaudage, devant le Palais des festivals
Le visage de Ken Loach s'invite sur un échaffaudage, devant le Palais des festivals © Radio France
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