Ouvrons un peu les cuisines de l’émission : Denis Podalydès, notre invité principal aujourd’hui n’était pas à nos côtés en studio. Pour des raisons d’emploi du temps, nous l’avons rencontré hier dans sa loge de la Comédie française. D’abord, le plaisir égoïste d’entrer par la porte de service dans ce lieu culte par excellence où rôdent les fantômes de matinées classiques du temps de l’enfance et les échos plus récents d’un « Mariage de Figaro » au réjouissant tempo. On monte dans les étages par un modeste ascenseur qui se fait tout petit à côté d’un escalier classique, un signe de « modernité » presque déplacé. L’entretien d’une heure a eu lieu dans la loge du comédien. Ce n’est pas sur ce qui s’est dit alors que je veux revenir. Vous pouvez retrouver les lumineux propos de Podalydès via le podcast. Podalydès à la Comédie française, ce n’est pas n’importe qui, on le sait bien. Il tient toute sa place dans une troupe qui se veut égalitaire mais sait évidemment reconnaître ses fleurons et il en fait partie. Quand on a rendez-vous sur son territoire de la Comédie française, on s’attend donc à trouver une loge de star, ou presque, et l’on tombe sur une pièce située sous les toits où il fait une chaleur étouffante. Un mobilier sommaire, un gros fauteuil bancal, des livres partout, un coin pour se préparer et se maquiller et puis posé à même le sol, un matelas recouvert d’un couvre-lit. C’est tout, c’est quasi monacal et c’est rudimentaire. C’est la Comédie française incarnée. On se dit qu’Antoine Vitez a dû trouver en son temps dans cette austérité non feinte l’illustration parfaite de ce qu’il cherchait au théâtre : la médiation, pas l’artifice.Ici, rien de bling-bling. Pas étonnant qu’en haut lieu, on soit sorti un soir de la Comédie française en criant bien fort son ennui. Ici, on ne joue pas la Princesse de Clèves, mais son nom peut être prononcé sans qu’il s’agisse d’ une incongruité. Ici, on sait faire la différence entre Wampas et Diderot.Il est dommage que certains acteurs de cinéma aient pris d’autres habitudes, rompant radicalement avec le relatif inconfort des loges de théâtre pour se vautrer avec délices dans un train de vie disproportionné. On le sait, les cachets des acteurs français dépassent l’entendement et plombent en partie le financement des films. Mais gare au vitiligo, cette grave maladie de peau qui entraîne la dépigmentation : appliqué au cinéma, son équivalent serait une grave perte de pigments, donc de couleurs et de variétés. Autrement dit, à force de tirer sur la corde des rémunérations mirobolantes, les actrices et les acteurs risquent tout simplement de faire pâlir le financement du cinéma français, voire de le rendre exsangue. C’est cela l’effet vitiligo. Un seul remède : tout le cinéma français devrait défiler dans la loge de Podalydès, juste pour voir que talent ne rime pas forcément avec clinquant. Et Denis Podalydès n’a pas l’air malheureux du tout pour autant !La phrase du jour ? « Pierre Louÿs définissait l’amour comme « le désir d’être tout pour un être humain ». Il a tout trouvé ce gars-là. » Arletty

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