Le nouveau film de Hitoshi Matsumoto.

Avec, entre autres :

Takaaki Nomi : Kanjuro Nomi, le samurai sans sabre

Sea Kumada : Tae, sa fille

Jun Kunimura : Le seigneur

Le troisième film de Hitoshi Matsumoto, Saya Zamuraï , est un nouveau défi pour le réalisateur, toujours soucieux de surprendre ses nombreux fans et d’inventer de nouvelles formes de récits. Pour la première fois, Matsumoto s’attaque à un des genres les plus populaires et codifiés du cinéma japonais, le film de samurai, régulièrement soumis à de nouvelles variations postmodernes ou néoclassiques (chez Kitano ou récemment Takashi Miike par exemple.) Matsumoto reste fidèle à son humour absurde et à son goût de la construction en sketches, mais il décide d’adopter le registre du film pour enfants, avec une belle relation entre un père et sa fille, cruelle et inversée, et même du mélodrame, avec une fin très émouvante. Après la dérision et la sidération, place à l’émotion. On pense cette fois-ci à Jerry Lewis, le clown qui voulait faire pleurer. Cela n’empêche pas des scènes hallucinantes à la limite du bon sens et du bon goût qui évoquent parfois un Jackass en costumes. C’est aussi la première fois que Matsumoto ne joue pas dans un de ses films, préférant confier le rôle principal du samurai sans sabre à un acteur non professionnel, Takaaki Nomi, pauvre hère découvert à l’occasion de ses émissions de télévision Matsumoto s’amuse avec des personnes choisies dans la rue. Plus classique en apparence que les deux précédents films de Matsumoto, mais aussi plus accompli sur le plan formel, Saya Zamuraï n’en demeure pas moins un projet fou, dans sa conception et sa réalisation, puisque Takaaki Nomi ignorait qu’il jouait dans un film pendant la moitié du tournage.

Conversation avec Hitoshi Matsumoto

Comment sont nés l’idée et le projet de Saya Zamuraï, votre troisième long métrage ? Cela faisait un moment que je pensais à un film qui aurait pour sujet le « seppuku » (suicide rituel par éventration). Le « seppuku » est une tradition culturelle unique et propre au Japon. Avec ce thème à l’esprit, et la décision de faire un film interprété par Takaaki Nomi et Kazuo Takehara, j’ai commencé à inventer une histoire.

À quel moment avez-vous décidé de ne pas jouer dans votre propre film, pour la première fois ? Cela faisait un moment que j’avais envie de ne pas jouer dans un de mes films et de me concentrer uniquement sur la mise en scène. Mais l’année dernière j’ai subi une opération à la hanche, avant le tournage de Saya Zamuraï, et c’est devenu un excellent prétexte pour ne pas jouer dans le film.

Pour chacun de vos films, vous inventez une nouvelle forme de récit, mais aussi de tournage. Quel était le défi de Saya Zamuraï du point de vue du scénario et de la mise en scène ? Il s’agissait de réaliser un film avec un acteur principal qui ne savait même pas qu’il était en train de jouer dans un film. C’est peut-être difficile à croire, mais l’implication de Takaaki Nomi a été totale et passionnelle sur le tournage. Je pense que le fait de l’avoir choisi pour le rôle fut mon plus grand défi sur Saya Zamuraï.

Saya Zamuraï est votre film le plus émouvant et sentimental : vouliez-vous dépasser le genre comique, surprendre vos admirateurs et élargir votre public habituel ? Dans mes deux longs métrages précédents, j’avais le désir de bousculer et même de détruire l’idée que les spectateurs peuvent se faire d’un film de cinéma. Cette fois-ci, j’avais davantage conscience de respecter certaines règles. Si Big Man Japan et Symbol se rapprochaient de la peinture abstraite, alors Saya Zamuraï est une toile figurative, un paysage.

Vos trois films sont absolument uniques, ne ressemblent à rien d’autre dans le cinéma. Où puisez-vous votre inspiration ? Je n’aime pas m’inspirer d’autres films ou cinéastes, même si pendant le tournage de Saya Zamuraï j’ai pensé à Paper Moon de Peter Bogdanovich. J’accumule les idées dans ma tête, pas tant que cela, et j’en sors une lorsque je veux faire un film. Pour moi, faire des films ne m’apporte aucune satisfaction personnelle, c’est plutôt une forme de service spirituel que j’offre au public en le surprenant. C’est ça qui me motive.

Takaa ki Nomi

Un amateur complet choisi pour interpréter le rôle principal de Saya Zamuraï . Matsumoto s’explique : "Il y a dix ans, je présentais une émission de télévision et c’est là que j’ai rencontré Nomi pour la première fois : le show consistait à inviter des employés d’âge mûr, anonymes un peu fous découverts dans la rue et à les laisser faire toutes sortes de choses devant la caméra. Celui qui m’avait fait la plus forte impression était Takaaki Nomi. J’ai pensé que j’aimerais le faire tourner un jour. Après la sortie de Symbol , quand j’ai commencé à m’atteler à mon prochain projet, je me suis souvenu de lui et je voulais lui confier un petit rôle. Malheureusement ou heureusement, j’ai subi une opération à la hanche avant le tournage et j’ai dû renoncer au rôle principal, que j’ai confié à Nomi. Cette décision s’est révélée être la bonne. Si j’avais joué le samurai sans sabre, la fin du film n’aurait sans doute pas été la même. J’étais convaincu que je pouvais arriver à des résultats excellents avec Nomi et qu’il pouvait apporter beaucoup au personnage et au film, à condition d’instaurer un état de pression sur le tournage. J’ai sciemment instauré une grande distance entre lui et moi sur le plateau, le maintenant dans un état d’ignorance. Il n’avait aucune connaissance du scénario, et je lui expliquais chaque nouvelle scène au jour le jour. La plus grande partie du film, c’est-à-dire les trente jours d’épreuves, a été tournée comme un documentaire sur Nomi et ses performances. C’est seulement après que ces scènes eurent été tournées que je révélai mon projet et l’histoire de Saya Zamuraï à Nomi qui, jusqu’alors, ne savait pas qu’il jouait dans un film. Lors de la seconde moitié du tournage, le visage de Nomi exprime une tristesse incroyable, sans doute parce qu’il savait que son expérience d’acteur de cinéma allait bientôt se terminer."

Propulsé vedette du grand écran malgré lui, Takaaki Nomi eut du mal à dissimuler sa joie, sa surprise et son émotion lors de la promotion du film, notamment au Festival de Locarno où Saya Zamuraï fut projeté en première internationale sur la Piazza Grande, devant près de 7 000 spectateurs. "Avant ce film, j’avais fait de la télévision et participé à un show comique qui s’adressait principalement à une audience féminine. Dans Saya Zamuraï , je dois faire sourire un petit garçon, et cela demande une technique totalement différente. Je dois avouer que je n’ai compris que petit à petit que je me trouvais sur un tournage de film et non un plateau de télévision, mais finalement tout s’est bien passé et j’y suis arrivé !"

Sea Kumada, actrice

Sea Kumada est née le 18 juillet 2001 à Tokyo. Malgré son jeune âge, Sea Kumada est une actrice expérimentée qui a déjà joué dans plusieurs épisodes de séries à la télévision. Saya Zamuraï est son premier film de cinéma. "J’ai beaucoup aimé travailler sur ce film. Ce qui m’a sans doute plu et motivée le plus était que je jouais une petite fille qui était beaucoup plus mûre et responsable que mes partenaires adultes. Les rôles étaient littéralement inversés : Takaaki, qui joue mon père, interprète un homme infantile tandis que mon personnage fait preuve d’une grande maturité."

Jun Kunimura , acteur

Né le 16 novembre 1955 à Kumamoto, Jun Kunimura est l’un des acteurs japonais les plus talentueux et actifs de sa génération, un spécialiste des seconds rôles très apprécié avec une filmographie de plus de 100 titres pour la télévision et le cinéma, et une notoriété internationale puisque son premier long métrage n’est autre que Black Rain (1989), le thriller de Ridley Scott sur la mafia japonaise avec Michael Douglas et Andy Garcia. Jun Kunimura a joué dans d’autres films occidentaux tournés en Asie comme Kill Bill vol.1 et 2 de Quentin Tarantino (2003) où il interprète le Boss Tanaka ou Soie de François Girard (2007) avec Michael Pitt et Keira Knightley. Alternant les productions commerciales, les films de genre et les films d’auteurs indépendants, Jun Kunimura a travaillé avec les cinéastes les plus importants du cinéma japonais contemporain. On le retrouve ainsi au générique de WildLife (1997) et Desert Moon (2001) de Shinji Aoyama, Suzaku (1997) de Naomi Kawaze, Audition (1999) et Ichi The Killer (2001) de Takashi Miike, Chaos (2000) d’Hideo Nakata, Vital (2004) de Shinya Tsukamoto, Outrage de Takeshi Kitano… On aperçoit également Jun Kunimura en tueur dans A toute Epreuve (1992), le polar hongkongais de John Woo. DansSaya Zamuraï , Jun Kunimura interprète le seigneur excentrique qui lance un cruel défi au samurai sans sabre : faire rire son fils ou mourir.

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