Revu hier soir « Gran Torino » seul avec juste à mes côtés une jeune fille de douze ans laquelle avait vu dans l’après midi mais au cinéma (d'Avallon !) cette fois le nouvel « Harry Potter ». Facettes et contrastes du cinéma américain ! Eastwood le vétéran revenu de tout face au petit sorcier binoclard donc. Passera ? Passera pas ? Au cours de la projection, je lance à plusieurs reprises quelques précisions sur les origines ethniques des principaux personnages. Je crains que cette donnée importante du film ne soit difficilement lisible par ma voisine de fauteuil. Sans compter les amalgames entre racisme et communautarisme, insultes xénophobes et blagues de vieux potaches complices. Où se situe la haine, où se situe la fraternité ? Le film ne cesse de poser la question du « vivre ensemble », question au cœur de la nation américaine depuis sa fondation. Une autre paire de manches que « Nos ancêtres les Gaulois » (même si c’est à moitié faux !), une Histoire nationale en forme de couches et de sous-couches qu’il faudrait longuement expliquer pour en arriver là, à ces Etats-Unis qui viennent d’élire un Noir à leur tête. De Griffith à Eastwood, même la route cinématographique est longue, sinueuse et terriblement complexe…Mais enfin, voir un film, ce n’est pas écouter un crétin murmurant à côté de vous et qui tente de vous l’expliquer ou du moins qui tente de vous donner ce qu’il croit naïvement être des clés indispensables à la vision dudit film. Ce dernier, fort heureusement est plus fort qu’un cours d’instruction civique. Beaucoup plus fort même. Et la jeune fille en question n’a donc aucun besoin d’un commentateur pour être touchée, secouée et même bouleversée, voire chamboulée. C’est ce que je comprendrai au moment du beau générique de fin qui laisse la chanson « Gran Torino » se déployer via deux crooners, un jeune et un vieux en écho même à ce que raconte le film. L’histoire d’une passation de témoin entre hier et aujourd’hui, entre l’Eastwood des années Reagan et le Clint de l’ère Bush puis Obama, entre un vieil Américain et un jeune immigré, entre ce qui doit mourir et ce qui doit naître. « Gran Torino » ne raconte rien d’autre que ce moment-là. Ou comment aller vers demain en ayant les idées claires sur hier. « C’est triste. Rien ne sera comme avant, mais tout sera plus beau et différent, non ? » a murmuré la jeune fille sur l’air de « Gran Torino » donc. La réponse est oui assurément.Ah ! ça ira !La phrase de l’après-midi ?« Parce qu’elle l’imaginait auprès d’elle, sa présence même ainsi rêvée donnait à toute chose un goût d’inachevé et d’à venir. »André de Richaud, « Carnets »

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