Drôle d’histoire : docteur en histoire de l’Art et auteur d’une biographie de Séraphine Louis, Alain Vircondelet vient d’assigner en justice les producteurs (TS Productions) et Martin Provost le scénariste-réalisateur de « Séraphine », le film aux sept Césars 2009. L’écrivain et son éditeur Albin Michel réclament la coquette somme de 600 000 € de dommages et intérêts ainsi que l’interdiction de l’exploitation du film en France et à l’étranger. C’est du brutal ! Sur le fond, il apparaît que le scénario pourrait contenir un très petit nombre d’emprunts au livre de Vircondelet, notamment quelques expressions reprises in extenso dans le film. Dont acte. S'il s'agit d'un fait avéré, c’est pour le moins maladroit, irrespectueux et cavalier. Mais pour 600 000 €, c’est très cher. Sans compter l’interdiction du film qui est en soi un acte de censure pur et simple dont on peut se demander ce qu’il vient faire dans le discours d’un universitaire et d’un éditeur attachés, on ose le croire, à la liberté de circulation des œuvres. Vérification faire, « Séraphine » est sorti sur les écrans le 4 mars de cette année. Il aura donc fallu six moins pleins à Monsieur Vircondelet pour se sentir plagié, trahi et humilié. La vengeance est certes un plat qui se mange froid, mais là c’est du congelé… De deux choses l’une. Ou bien la cause est juste et alors l’honneur d’un écrivain et le respect dû à son travail d’universitaire qui fait autorité n’attendent pas. C’est le 5 mars au matin, après s’être précipité pour voir le film, qu’il fallait attaquer, déposer une plainte et alerter les médias. Quitte à faire un peu de publicité supplémentaire au film sur le dos de l’éventuel plagié ? Oui ! Car, une fois encore, l’honneur bafoué ne saurait patienter en salle d’attente. Surgit alors dans nos esprits tordus, le soupçon fou d’une procédure judiciaire entamée pour cause de succès commercial.Avec ses 800 000 entrées, le film de Provost a de quoi désormais susciter quelques convoitises. On attaque tard, mais on attaque un corps gras et dodu ! Question déplacée : si « Séraphine » n’avait totalisé que 150 000 entrées, y aurait-il actuellement une plainte déposée devant les tribunaux ? Je vous accorde que dans certaines circonstances, des révélations tardives peuvent parfaitement se justifier et même faire le bonheur de tous. Mais, dans le cas qui nous occupe, on se dit que les gros sous ne sont pas loin hélas. Plus généralement d’ailleurs se pose le problème des « biopic » des personnages publics. Suffit-il qu’on écrive un livre sur des faits avérés pour pouvoir s’en réclamer l’auteur en matière de droits d’adaptation notamment. Il est tard, la nuit est tombée depuis belle lurette et mes connaissances juridiques sont proches du zéro : je ne poursuivrai pas plus loin cette incursion en terre réglementaire. Un mot toutefois pour dire toute la vérité, etc. Je n’ai pas été enthousiasmé par le film de Martin Provost, d’un point de vue strictement cinématographique notamment et j’ai trouvé parfaitement hors de propos l’avalanche subite de Césars sur les épaules de cette œuvre maladroite à bien des égards. Seulement voilà, rien ne justifie qu’on veuille l’interdire et la jeter aux oubliettes. Rien sinon un sentiment de jalousie et l’appât du gain.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière »Edmond Rostand, « Chanteclerc »

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