"Seule sur la plage la nuit", du sud-coréen Hong Sang-soo a valu à son interprète Kim Min-hee l'ours d'argent de la meilleur actrice à Berlin. Faut-il aller voir le film ? Extraits des critiques échangées sur le film pendant "Le Masque et la Plume".

"Seule sur la plage la nuit" de Hong Sang-Soo, dans les salles françaises depuis le 10 janvier 2018
"Seule sur la plage la nuit" de Hong Sang-Soo, dans les salles françaises depuis le 10 janvier 2018 © AFP / Kim Jinyoung / DPA

Kim Min-hee incarne une actrice de cinéma qui a une liaison avec un homme marié et père de famille. Dans la première partie du film, alors qu'elle se trouve en Europe, elle se demande si son amant va, oui ou non, la rejoindre. Puis, dans la seconde partie du film, où on comprend qu'elle a fui le scandale provoqué par son histoire avec un cinéaste, l'actrice est de retour en Corée et elle noie son désespoir et sa colère dans l'alcool. Elle croise dans une soirée celui qu'elle a aimé.

Charlotte Lipinska : "Il y a vraiment de la poésie"

C'est un cinéma fait de petits rien, de gestes simples avec des motifs récurrents comme les scènes de repas qu'on retrouve beaucoup dans les films d'Hong Sang-soo. 

Il faut accepter que tout ne soit pas totalement lisible : d'une scène à l'autre, on ne sait plus très bien où on est, dans quelle temporalité on est... Néanmoins j'ai été très touchée par  la mélancolie, le spleen, le désarroi que traverse ce personnage - qui jamais n'explose. 

Jean-Marc Lalanne : "C'est d'une beauté et d'une profondeur inouïe"

Le moment où on voit le film n'est pas le plus intense. Les films d'Hong Sang-soo ne cessent de grandir et de hanter, ils déposent un germe.

C'est un film magnifique sur le chagrin, sur ce que c'est que la reconstruction après des déboires sentimentaux. Il se passe très peu de choses mais ce temps presque gratuit, presqu'inutile, remplit le film.

Eric Neuhoff : "C'est une aquarelle très délavée"

C'est une drôle de chose, ce film, on est un peu perdu. 

On ne sait pas qui sont ces gens, de quoi ils parlent. Ils sont à table, ils se disputent, ils rappellent leurs souvenirs. Il y a la musique de Schubert qui baigne tout ça. Pendant un dîner, il y a deux femmes qui s'embrassent parce que maintenant il faut absolument qu'il y ait un truc comme ça qui se passe pour réveiller les gens. 

Ce n'est pas désagréable mais Le jour d'après était cent fois meilleur, plus maîtrisé. Là, peut être que lui s'est fait plaisir, avait besoin de ça à cause de son histoire avec l'actrice mais...

Michel Ciment : "C'est un film magnifique"

C'est un film sur la lenteur, mais c'est un lenteur qu'on accepte tout de suite. 

C'est un film magnifique sur la déprime. C'est à la fois une psychologie d'une déprimée, ses coups de colère, sa beuverie etc. et en même temps un film philosophique sur la difficulté de se connaître soi-même, connaître ses propres sentiments, comment on y arrive (pas vraiment). Tout cela avec une approche extrêmement simple. À mon avis, Hong Sang-soo est l'enfant d'Ozu et de Rohmer, l'un des cinéastes majeurs du cinéma coréen aujourd'hui - et pas seulement aujourd'hui.

Hong Sang-soo est un des cinéastes majeurs du cinéma coréen aujourd'hui, et pas seulement coréen. 

Ecoutez 

Ecoutez toutes les critiques échangées sur Seule sur la plage la nuit autour de Jérôme Garcin par les critiques Charlotte Lipinska (Vanity Fair), Michel Ciment (Positif), Jean-Marc Lalanne (Inrockuptibles) et Eric Neuhoff (Le Figaro) :

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