Alain Guiraudie croit en l'homme. Pas seulement parce qu'il aime les hommes, l'homme, l'humain, le passionne. Depuis bientôt 20 ans, dans "Ce vieux rêve qui bouge", "Pas de repos pour les braves" et dans d'autres courts, moyens ou longs métrages, il filme les doutes et la manière dont l'être humain se débat, affectivement, professionnellement. En choisissant souvent des personnages homosexuels, il traite de sujets rares au cinéma, la province, le monde du travail (ouvriers, paysans), l'inégalité sociale (employeurs, exploités), et il filme la campagne du Sud-Ouest comme un personnage. "Le roi de l'évasion" suit Armand, un quadragénaire enrobé (Ludovic Berthillot, émouvant) désireux d'arrêter la drague. Armand veut vivre autre chose que des aventures et tomber amoureux. Or, l'amour lui tend les bras. Ce n'est pas un homme mûr (son truc, à lui) qui se présente à lui, mais une adolescente de 16 ans (Hafsia Herzi, l'héroine de "la graine et le mulet") qui veut vivre avec lui. Comment réagir? Et que dire au père de la jeune fille qui n'est autre que son patron? Armand hésite, cède à l'ardente jeune fille, croit même avoir trouvé l'amour puis s'ébroue dans la nature luxuriante vers un autre possible. Dans cette quête un peu folle mais joyeuse, un policier le poursuit, le village prend parti et le désir circule. En jouant avec des professionnels et des habitants du Sud Ouest, Guiraudie ose des scènes inédites etdrôles : des fellations, des copulations (Armand et un vieillard) et pourtant, le sexe à l'écran, chez lui, est des plus naturels. Rien de sordide, jamais. Avec (le croirez-vous?), un parfum de poésie. Comment fait-il? "Le roi de l'évasion" semble traduire joyeusement et avec un culot inégalé la crise de la quarantaine que traverse, peut-être, le cinéaste. On applaudit son culot et sa liberté.

Alain Guiraudie
Alain Guiraudie © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.