Assurément, le film à voir en priorité cette semaine : "Si tu meurs, je te tue" du cinéaste kurde Hiner Saleem. Pourquoi ? Tout simplement parce que la grâce a touché Saleem avec cette histoire d'amours mortes avant même d'avoir commencé ou presque. Cette histoire où l'on croise un ex-taulard désœuvré, une logeuse mélomane, un jeune kurde à la poursuite d'un criminel irakien, un frère macho qui n'est qu'une voix au bout du fil, le père intégriste d'un fils trop tôt disparu, six frères kurdes démocrates, progressistes et velléitaires, sans compter une urne funéraire qui passe de main en main et surtout surtout surtout des lieux parisiens filmés avec une incroyable poésie. On ne dira rien ici de l'histoire proprement dite tant elle aussi savoureuse que dramatique à découvrir. Tant aussi elle repose sur d'incroyables ellipses nar. Petit cousin kurde du géorgien Iossellaniratives qui montrent toute l'étendue du talent de Saleem pour passer du coq à l'âne, du tragique au comique, du sourire aux larmes, du bout de ficelle à selle de cheval. Petit cousin kurde du géorgien Iossellani, avec l'exil comme drapeau commun, Hiner Saleem n'en finit pas de déployer une malice qui l'empêche en permanence de tomber dans le pathos d'un côté, le rire gratuit de l'autre. A quoi tiennent les miracles ? A pas grand chose assurément quand on considère l'économie de moyens déployée par Hiner Saleem. Seulement voilà, il possède en lui-même l'essentiel : la volonté de faire du cinéma, c'est à dire, par exemple, d'avoir sur Paris un œil, un regard et une couleur spécifique. Un Paris plutôt nocturne, un Paris "bleu comme une ornage", un Paris qui joue le rôle d'un autre personnage principal. Aux côtés, soit dit en passant, d'une actrice iranienne belle comme le jour et la nuit, Golshiftey Farahani dont le féminisme en liberté fait plaisir à voir, la réalité rejoignant ici la fiction pour cette femme exilée de son pays pour s'être dévoilée. Ainsi va le film d'Hiner Saalem de propos graves en rires salvateurs. Ne pas aller le voir en salles dès aujourd'hui reviendrait à se priver d'un plaisir tout à fait unique et spécifique. Et vous pourrez retrouver le cinéaste, son actrice et son chef opérateur dans l'émission de samedi prochain ! "Vous avez la tête trop chaude pour moi, Pierre-François, et le cœur trop froid...Je crains les courants d'air, je tiens à ma santé, à ma gaité..." Garance ( Jacques Prévert, "Les Enfants du paradis")

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