Invité à critiquer "Silence", le nouveau film de Martin Scorsese avec Andrew Garfield, Adam Driver et Liam Neeson, Xavier Leherpeur s'est enflammé : pour lui, c'est "une horreur".

Image promotionnelle pour "Silence" de Martin Scorsese
Image promotionnelle pour "Silence" de Martin Scorsese © Metropolitan FilmExport

Un début sentencieux

Dès les trente premières secondes, on a un fond noir, on a une bande son, un bruit comme ça qui grouille, et tout se tait au moment où le mot “Silence” apparaît sur l’écran. Je me suis dit “Coco, si tu commences comme ça, il va falloir tenir la distance sur 2h40 parce que c’est déjà très sentencieux !”

Eh bien, ça l’était pas tant que ça par rapport au film...

Le vrai martyr du film c’est le spectateur, quand même !

Et malheureusement, nos noms ne seront jamais gravés dans un quelconque calendrier. Vraiment, je voudrais adresser une pensée à tous ceux qui vont subir ça. Personne ne l’a mérité. C’est une horreur. Je peux pas dire autrement.

Martin Scorsese sur le plateau de "Silence"
Martin Scorsese sur le plateau de "Silence" © Metropolitan FilmExport

Je sais qu’il ne faut pas dire ça de Scorsese, que c’est un grand, un immense, qu’il a fait Casino… qu’il a fait plein de choses formidables. Il a mis 25 ans à faire le film… De temps en temps, il faut renoncer à ses rêves.

On voit au début des prêtres ébouillantés avec des cuillères à trou. Visiblement il n’a pas assez payé ses figurants, il y en a un qui cri au premier plan… C’est assez ridicule.

Même la conception graphique du plan est assez pitoyable. Il n’y a même pas d’envie. Pourtant il y a de la peinture sur la martyrologie. Il y a Jérôme Bosch ! Il s’en inspire même pas.

Dans le Japon du XVIIe siècle, le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés.
Dans le Japon du XVIIe siècle, le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. © Metropolitan FilmExport

Deux heures de club sandwich

Après, on a deux heures de club sandwich : un martyr , des discussions sur la théologie :

- Tu vas abjurer !

- Non je vais pas abjurer.

- Tu es sûr que tu veux pas abjurer ?

- Non, non, je veux pas abjurer.

- Mais abjure ! Ce sera beaucoup plus facile pour toi

- Non, non, je n’abjure pas.

Et comme il n’abjure pas : hop, un petit martyr !

Andrew Garfield, jésuite dans le Japon du XVIIe dans le film "Silence" de Martin Scorsese
Andrew Garfield, jésuite dans le Japon du XVIIe dans le film "Silence" de Martin Scorsese © Metropolitan FilmExport

Une résolution décevante

Quand au bout de deux heures, on voit ce pourquoi on a tant souffert, on se dit :

On aurait pu aller plus vite, si c’était pour en arriver là !

C’est toujours très bavard, en champ / contrechamp, assez balourd.

Il y a un très très méchant qui a le crâne rasé qui dit “Tu vas abjurer sinon je te coupe la tête !” Moi j’ai levé la main pour qu’on m’achève.

Pour qu’on me sorte de là, j’étais prêt à tous les martyrs. On m’a laissé jusqu’au bout des 2h40… et il y a ce plan final, terriblement faux-cul, qui me fait penser que le film est d’une idéologie douteuse parce que oui, les Chrétiens ont été des martyrs, mais ils ont martyrisé aussi ! À l’inquisition, il y avait du cuir, il y avait du feu, ils savaient y faire.

Et tout ça c’est filmé avec la béatitude d’une pucelle, ce n’est pas intéressant du tout.

Il y a aucune distance, aucune critique. Il s’est fait plaisir.

Si un jour on me dit que l’enfer c’est de revoir en boucle “Silence”, je m’achèterai une conduite.

Réécoutez

Les différentes critiques du Masque sur ce film. Ce jour-là étaient présents autours de Jérôme Garcin Danièle Heymann (Marianne), Pierre Murat (Télérama), Xavier Leherpeur (7ème Obsession) et Jean-Marc Lalanne (Inrockuptibles).

Aller plus loin

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ECOUTEZ Martin Scorsese au micro d'Augustin Trapenard

ECOUTEZ Le Masque et la Plume. Les autres films critiqués ce jour-là étaient « La La Land » de Damien Chazelle, « Jackie » de Pablo Larrain, « Un jour dans la vie de Billy Lynn » d'Ang Lee, « Moonlight » de Barry Jenkins, « Yourself and Yours » d'Hong Sang-Soo, « Raide dingue » de Danny Boon

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