Le Serment de Tobrouk
Le Serment de Tobrouk © Radio France

On passera ici sur l'actuelle petite "affaire Sollers", ce dernier, comme on le sait, ayant vu sa chronique supprimée par le JDD pour d'obscures causes... politico-familiales. Car l'essentiel de ladite chronique, par qui le liencenciement est arrivé, était en fait consacrée au grand ami du chroniqueur, le diplomate hors cadre et hors sol connu sous le sobriquet de BHL.

Rappelons en préambule que BHL, au micro d'Isabelle Giordano, crut récemment faire le malin en rappelant à l'impertinent auteur d'une malicieuse critique de son film "Le Serment de Tobrouk", Thomas Sotinel du "Monde", que lui-même faisait partie du Conseil de Surveillance du quotidien en question et qu'il saurait se souvenir du nom du journaliste le moment venu... Un "humour" dont on se passerait d'autant plus qu'il est pratiqué par un professeur de morale permanent. Or, BHL s'est aperçu mais un peu tard qu'il avait parlé trop vite (ou révélé son vrai visage, chacun jugera...) et dans les colonnes du "Point" a rectifié le tir, en passant tout de même sous silence que ce qui posait problème dans son intervention, ce n'était évidemment pas la réaction à une critique négative (c'est bien son droit) mais la menace brandie d'un "Je m'en souviendrai" du plus mauvais effet pour le grand libéral épris de justice qu'il est.

Au lieu de l'exercer maladroitement sur des beaucoup moins puissants que lui, BHL devrait manier son humour sur lui même... C'est dans ce contexte (et aussi, il faut bien le dire, dans celui d'un total échec du film de BHL auprès d'une bonne partie de la critique et plus encore dans les salles de cinéma, les spectateurs ayant manifestement boudé ce nouvel épisode de "Tintin en Libye"...), c'est dans ce contexte pour le moins contrasté donc, que Philippe Sollers dans le dernier JDD volait au secours de son ami maltraité.

«L’Eclaircie» de Philippe Sollers © Radio France - 2012
«L’Eclaircie» de Philippe Sollers © Radio France - 2012 © Radio France

Il faut bien l'avouer, Sollers et son "Mon journal du mois" (cette fois, il s'agit de l'humour à la Sollers toujours fondé sur le moi je évidemment...), ce n'est pas Mauriac et on lisait la plupart du temps un petit papier à l'économie, écrit à la va-vite sur un bout de table d'un bistrot parisien lequel aurait pu s'appeler "Le Bistrot chic du commerce narcissique". Pour Sollers embarqué dans sa croisade en faveur de BHL, le monde se divise en deux : " Au moins vingt personnes qui m'ont dit le plus grand mal du film de BHL sans l'avoir vu" (Sollers devrait éviter de fréquenter autant de gens qui critiquent ce qu'ils n'ont pas vu, mais c'est peut-être un effet du "qui se ressemble, s'assemble"...) et la critique "hypocrite qui lui reproche son narcissisme" (là, évidemment, Sollers réagit par solidarité active au motif que, frappé du même mal autocentré que BHL, il constitue ipso facto un comité de défense des adorateurs du jeu de l'égo).

Car, selon notre chroniqueur mondain, "Le Serment de Tobrouk" est un film, je cite littéralement, "excellent, images et son" (sic) et pour finir "tout simplement très beau". Que BHL convoque Leclerc et Malraux ne choque en rien Sollers : c'est le propre des Narcisse entre eux que de pratiquer ainsi la surenchère comparative avec délectation. Chez eux, comparaison est toujours déraison : ils ne songent à l'Histoire et ne font référence à elle que pour mieux s'y inscrire eux-mêmes dedans et de leur vivant. Ils écrivent sans cesse leur propre nécrologie, en tissant des parallèles avec tel ou tel destin prestigieux. Ils finissent alors par s'adresser des éloges à eux-mêmes !

Quelques lignes plus haut, Sollers avait ainsi trouvé également "excellent" une autre œuvre de l'esprit, un livre cette fois, et il s'agissait de "Femmes" un livre écrit par...lui-même ! Qui mieux que Sollers peut dire du bien de Sollers ? BHL pratique le même exercice à chacun de ses très nombreux passages médiatiques. Si le texte "cire-pompes et chemise blanche" de Sollers ne restera pas dans les annales de la critique cinématographique, il figurera en revanche dans le florilège de la flatterie, avec toujours chez Sollers cette fausse petite lueur d'ironie (ici, la notion d'acteur "hyper-surréaliste") placée au bon endroit pour montrer qu'on est un malin pas dupe. Faire le malin, c'est assurément l'exercice préféré de Sollers sur les plateaux télé où il adore cabotiner et ne pas répondre aux questions qu'on lui pose.

Il se rêve en Casanova moderne libertin et libertaire et n'est au fond qu'un Guitry en fin de course(s). A Saint-Germain-des-Prés comme à Port Royal, on mène les combats qu'on mérite : l'urgence humanitaire du chroniqueur Sollers fut donc cette semaine de sauver le soldat BHL ensablé dans son autocélébration ridicule. Viré par Hachette pour avoir reparlé d'un tweet dont tout le monde se fiche fondamentalement, Sollers, dans ce qu'il ne savait pas être son dernier texte pour le JDD, y excellait pourtant dans son fameux numéro du renvoi d'ascenceur, dit de "Roux-Combaluzier", lequel se joue forcément en deux temps. C'est alors qu'on se souvient que BHL a une chronique dans "Le Point". Je vous parie que son prochain sujet pourrait bien être : "Il faut sauver le soldat Sollers honteusement évincé du JDD". Ce serait donc le second temps du numéro comique en question. Et on amuse ainsi la galerie...

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