Femme, cinéaste, étrangère, ancien élève de la Femis, telle était Solveig Anspach qui vient de mourir à 54 ans seulement. Seuls les machos xénophobes et réacs à qui le cinéma d’auteur donne de l’urticaire trouveront dans cette carte d’identité des raisons de ne pas avoir de la peine. Nous qui aimions son cinéma, il faudra désormais nous contenter de cinq films de fiction. Et d'attendre (espérer, mais c'est un peu la même chose) la sortie de « L’Effet aquatique », actuellement en montage et qui prolongerait l’univers singulier de cette islando-américaine qui avait si bien su décrire Montreuil en banlieue parisienne vue d’une grue…

Solveig Anspach
Solveig Anspach © Sipa

Que Solveig Anspach s’en aille vaincue par ce cancer dont elle avait fait le sujet de son premier film, « Haut les cœurs », c’est l’ironie même de la vie et de sa vie. Mais de cela aussi, elle aurait pu faire un film avec Karin Viard l’une de ses doubles de cinéma. Depuis le départ, elle avait fait de ce « rendez-vous avec la mort joyeuse » un axe, une constante autant qu’une dérive. En passant du tout léger au très tragique de film en film, Solveig Anspach s’affirmait et comme un véritable auteur et comme une voix singulière au sein du cinéma français .

Pur produit de la Fémis et preuve parmi d’autres de l’excellence de cette école, elle n’a pas cessé de nous étonner, proposant un cinéma au féminin parfaitement décomplexé . Chez elle, les personnages principaux sont en effet des femmes autour desquelles tournent des hommes qui font ce qu’ils peuvent, les pauvres, pour « faire danser leur vie » sans véritable certitude qu’ils aient assez de musique dans le cœur » pour y parvenir vraiment. Tel n’est pas le cas des battantes (contre la maladie, contre l’adversité, contre la routine familiale, etc) qui conduisent les histoires de ses films au beau milieu d’une chambre stérile, d’une île islandaise ou d’un côte française.

Née sur une île, Solveig (la fiancée de Peer… forcément) Anspach (quel nom qui claque comme un drapeau au vent !) cultivait les contraires, les bordées et les virées avec la maîtrise d’un capitaine au long cours. Cette saloperie de cancer l’aura donc empêchée de nous conduire encore ailleurs vers d’autres héroïnes truculentes, vers d’autres contrées proches ou lointaines rendues définitivement exotiques sous son regard malicieux, vers d’autres histoires qui toutes ont en commun la recherche forcenée du bonheur et de la liberté.

Au beau milieu de ce bel été, c’est une mauvaise blague islandaise comme un pirouette en forme de dernière révérence. Il nous reste alors le cinéma, ses images et son immortalité. L’une de ses héroïnes, Anna, la dealeuse de Reijavik, avant de partir à l’aventure, avait posé sur sa porte un écriteau qui donnait son titre au film : «Back soon »

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