Que Dany Boon ait été fait hier chevalier de la Légion d’Honneur par Nicolas Sarkozy lui-même en présence, selon l’AFP, des « amis de l’acteur : Line Renaud, Jean Reno, Michèle Laroque, Elie Semoun et Rachida Dati » n’est pas un événement très notable. Ce que les César ont dans leur grande sagesse récemment refusé de faire (récompenser le box-office comme une valeur artistique et méritante), la Présidence de la République a décidé de l’appliquer. C’est son choix… En revanche, on relèvera non sans gourmandise quelques extraits du discours présidentiel : « Le Sud a eu son Fernandel, la bourgeoisie au eu son Louis de Funès, la Normandie, Bourvil. Avec Dany Boon, le Nord et la France populaire ont trouvé leur voix. » Passons pudiquement sur l’assimilation de Fernandel le Marseillais au Sud en général : nul doute que les Bordelais et les Toulousains (entre autres !) apprécieront à leur juste valeur ce raccourci géographique. Passons tout autant sur la référence « bourgeoise » de de Funès qui, si on a bien compris, sert à marquer une différence avec le côté France populaire de Boon : on ne connaissait pas le goût « bourgeois » pour… « Le Gendarme et les gendarmettes » ou « La Soupe aux choux »… Passons mais avec difficulté sur Bourvil et la Normandie : comment peut-on réduire cet acteur immense à quelques pommiers ? On ne saurait trop conseiller à qui de droit le visionnage rapide de certains films de Mocky et du « Cercle rouge » de Melville pour en finir une bonne fois pour toutes avec Bourvil le Normand ! Mais c’est peut-être là le problème crucial. Qu’est-ce donc que cette communautarisation à marche présidentielle forcée ? Pourquoi réduire des succès nationaux à leurs éventuelles origines régionalistes ? A quoi rime cette ringardisation de succès dont le propre est précisément de dépasser le « petit pays » pour atteindre l’échelon collectif du dessus, la fédération et pas le canton ?! Ou bien alors le Nord compte plus de vingt millions d’habitants désormais soit autant de spectateurs que « Bienvenue chez les Ch’tis » ! Mais le discours présidentiel est allé bien plus loin : « J’ai bien connu les valeurs du Nord, même si c’est le Pas-de-Calais à Sangatte. » a ainsi (et elliptiquement…) précisé le chef de l’Etat en référence sans nul doute au Centre de la Croix rouge qui abritait dans cette petite ville du Nord des centaines de migrants et qu’il avait fait fermer en novembre 2002 quand il n’était que ministre de l’Intérieur. Ou comment louer, récompenser, vanter des valeurs prétendument locales que l’on a soi-même allégrement piétinées. De la haute voltige assurément. Heureusement le comique Dany Boon, le bouffon, le fou du roi, l’impertinent par définition a vertement répondu, en trouvant les mots pour dire son étonnement devant tant de désinvolture voire de cynisme officiels : « Je serai candidat en 2012 contre Nicolas Sarkozy. » Éclat de rire général, précise l’AFP. Ouf, on a eu peur. Avec Dany Boon, le rire de résistance n’est pas près d’entrer dans les palais de la République laquelle a donc bien raison de l’honorer…Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Il est plus difficile que vous ne pensez, Madame, de résister à ce qui nous plaît et à ce qui nous aime. »Madame de La Fayette, « La Princesse de Clèves »

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