Il faut assurément revenir sur le film de Lars von Trier, « Antichrist » et prendre le temps de s’expliquer. Et pour cela balayer d’entrée de jeu le faux parfum de scandale et les images choc qui ont valu au film son interdiction aux moins de 16 ans. Concrètement de quoi s’agit-il ? « Elle » (les personnages n’ont évidemment pas de nom : ils sont elle LA Femme et lui L’Homme, dans une asséchante tautologie), elle donc défonce le bas-ventre « de lui » à coups de bûche, ensuite lui troue la jambe à l’aide d’un vilebrequin pour y attacher au boulon une meule de pierre. Puis, elle s’excise. Fermez la parenthèse. A l’heure de « Saw », c’est de la gnognotte, du gore à deux euros, seulement bon pour les cloportes et les pousse-mégots. Qui fera inutilement couler l’encre des vierges effarouchées et autres admirateurs de performances d’actrices doublées par des consœurs venues du X pour les scènes les plus « choquantes ». Décidément pas de quoi se battre ni crier au loup.Le scandale est ailleurs. Dans la paresse de von Trier. Il nous avait habitué à mieux, à bien mieux dans l’exercice de son sport de combat favori : la misogynie ordinaire d’un ancien petit garçon à l’Œdipe manifestement très mal guéri. Est-ce un problème artistique ? Mais non, bien entendu, car à ce compte-là, il faudrait nous séparer de Fellini, Guitry, Pialat et tant d’autres cinéastes à faire hurler des chiennes de garde jusqu’à la nuit des temps. Mais, c’est précisément parce qu’on est dans le domaine artistique qu’on est en droit d’attendre de l’originalité, de l’audace et de la créativité (cette dernière, comme chacun le sait, pouvant commencer par le choix d’une simple couleur dans un tableau ou sur un mur). On est en droit de dire que von Trier cette fois cède à ses vieux démons sans jamais les terrasser ou les sublimer. A l’image d’une première scène qui se voudrait tellement première qu’elle accumule tout, y compris LA scène qu’un enfant ne devrait pas voir. Le images sont lourdes, appuyées, ralenties pour certaines. Il faudrait trembler devant ce chant pour un enfant bientôt défunt et on s’agace seulement devant tant de manièrisme prétentieux et affecté. On se croirait alors dans un clip de Laurent Boutonnat pour Mylène Farmer. Mais où est passé le cinéaste de « Dogville ». Et après cela, quoi ? « L’Eden » car c’est le lieu où Elle-Charlotte-Eve et Lui-William-Adam vont trouver refuge au sein d’une nature profondément hostile voire cahotique, puisqu’elle est par définition le côté féminin de la force. La culture, elle, est masculine mais que vaut-elle face au déchaînement d’hystérie dont « elle » fait preuve ? Elle, la femme, la mère, la sœur, la cousine, la fille, l’antéchrist du petit Lars qui a tellement peur qu’ « elle » l’émascule, n’est-ce pasLe cinéaste s’est cru autoriser à nous raconter son dernier cauchemar, voilà tout. Cela ne fait ni un scénario ni a fortiori un film. Tout au plus un rêve qui ne signifie rien sinon que « la » ( ?) femme est un mystère absolu pour le petit Lars. C’est ce que ne cessaient de nous dire Federico, Maurice, Sacha et tous les autres mais avec ironie, mordant, humour, grâce . Rien de tel ici, tout juste un dispositif pesant et pédant bourré de références littéraires et picturales que l’on diraient sorties d’un mauvais devoir de première année de philo juste avant le Bac. Que Charlotte Gainsbourg fasse l’admiration de son époux d’acteur et d’un jury international et même de nous ne suffit pas à effacer le malaise généré par un film dont on se dit qu’il ne sort pas, hélas, de l’Enfer mais du rayon « Farces et attrapes » cher au petit Lars. Seulement voilà, il se fait tard, Lars. Il faut fermer maintenant et laisser les adultes dormir. Tu vas dans ta chambre, s’il te plait et tu laisses la porte fermée. Tu ne regardes pas Papa et Maman faire l’amour. Tu arrêtes de fantasmer sur ta maman. Et tu dors, Lars. Là, tu dors. Oui, tu dors Il faut te reposer. Tu iras mieux demain. Chut. « Comme un enfant s’endort… »La phrase du soir ?« Je hais les douches froides. Elles me stimulent et après je ne sais plus quoi faire. »Helen Wright, alias Joan Crawford, dans « Humoresque » de Jean Negulesco

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