Un professeur de musique, Joe Gardner, se voit soudainement propulsé des rues de New York vers le Grand Avant, un lieu fantastique où le spectateur est invité, à ses côtés, à chercher au plus profond de son âme les réponses aux grandes questions existentielles et philosophiques de la vie.

Joe Gardner dans "Soul" (2020) de Pete Docter
Joe Gardner dans "Soul" (2020) de Pete Docter © AFP / WALT DISNEY PICTURES - PIXAR ANI / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le dessin animé présenté par Jérôme Garcin

Sorti pour Noël en exclusivité sur la plateforme Disney +, c'est le nouveau film d'animation des studios Pixar réalisé par Pete Docter et Kemp Powers. Le héros est Joe Gardner, un professeur de musique qui rêve de jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais après un accident qui provoque la séparation de son corps et de son âme, il est propulsé dans le Grand Avant, un lieu fantastique où "les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, caractères et spécificités avant d'être envoyées sur Terre". Bien décidé à reprendre le cours de sa vie, il va épauler 22, une âme qui n'a jamais saisi l'intérêt de vivre une vie humaine. 

Le nouveau Pixar est visuellement, il faut le dire, assez ébouriffant, c'est un dessin animé métaphysique et même un peu mystique. Dans la version française, c'est Omar Sy qui prête sa voix à Joe Gardner et Camille Cottin qui est la voix de 22. 

C'est assez surprenant cette version métaphysique et mystique d'un film de fin d'année pour les fêtes des studios Pixar. 

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Nicolas Schaller émerveillé par "le sens philosophique accessible d'un film d'une ambition folle" 

NS : "C'est une vraie merveille. Pete Docter manifeste une ambition, une audace, une inventivité qui a été perdue dans le cinéma de divertissement. Et il le fait en plus dans le domaine de l'animation, qui est souvent un peu bêtement réduit à un public enfant. Il fait vraiment un film familial. Je le conseille plutôt à des enfants d'au moins 8 ans parce que c'est quand même un peu compliqué mais avec une ambition folle, effectivement métaphysique - pour en avoir parlé avec lui, il a fait des études de philosophie et il le dit avec la plus grande modestie. 

D'une certaine manière, Joe le jazzman, c'est Platon : il développe l'idée qu'on a une fonction sur Terre, qu'on est là pour quelque chose. Et le personnage de 22, la petite âme qui ne veut pas vivre sur terre, c'est Nietzsche, c'est le nihilisme, cette espèce de pulsion, de destruction. 

C'est marrant sa manière d'incorporer plein de concepts très ambitieux et très philosophiques, comment il arrive à en faire un spectacle à la fois lisible et doué d'une audace conceptuelle. On peut parler des deux mondes, c'est passionnant, avec un côté presque à la Spike Lee dans la communauté black à New York. 

Ce photoréalisme assez ébouriffant est vraiment très beau, ces couleurs automnales, le côté groovy de cette ville, en même temps assez oppressante. Mais, finalement, ces mondes qu'il a créé, du Grand Avant et du Grand Après, s'inscrivent entre le surréalisme et le psychédélisme, dans un environnement qui doit autant aux ordinateurs Mac qu'à Picasso

Pete Docter mélange des influences folles et en fait un spectacle ébouriffant, avec un nombre de répliques inoubliables. 

Après, ce n'est peut-être pas aussi émouvant que Vice versa (2015) mais la fin est très modeste. C'est quelqu'un qui redécouvre le monde, le bonheur d'être au monde. Ce n'est jamais simpliste, il n'y a jamais de moralisme à l'américaine. Dans Pete Docter, il y a quelque chose de Frank Capra

Rendre simple et abordable à toutes et tous des idées très complexes, en faire du divertissement généreux, avec cette idée d''un individualisme qui aide au collectif.

L'émotion qu'on n'a pas dans ce film est due aussi au fait qu'on ne le regarde pas dans une grande salle".

Si elle le trouve "visuellement très beau", Sophie Avon regrette "un message philosophique trop simpliste"…

SA : "J'avoue que je suis restée complètement extérieure au film et, pourtant, je reconnais qu'il est visuellement très beau

J'ai adoré Vice-Versa (2015), Là-haut (2009). Là je suis subjuguée par le début : cette entame dans le royaume des morts est magnifique et très étonnante avec ces figures qui sont les assemblages des champs quantiques. 

Ça paraît très compliqué, mais c'est très bien simplifié pour notre pauvre esprit humain.

C'est très amusant pour nous. En tout cas, il y a cette longue marche, ce long convoi vers cette lumière blanche qui représente la mort. Tout ça est assez original et signifie qu'on va tomber dans un truc très neuf, très original mais c'est finalement très générique. 

C'est bien fait mais, franchement, nous divertir avec cette idée philosophique : est-ce qu'on a une fonction sur Terre, est-ce qu'on est sur Terre parce qu'on a une vocation... Tout cela donne malgré tout l'impression que tout est rebattu. Cette idée notamment que ce qui compte dans la vie, ce n'est pas l'amour, ce n'est pas la vocation, mais simplement les petites choses simples… 

Je suis peut-être passée à côté… Je ne dis pas que le film n'est pas nuancé, il a sûrement des qualités, mais je dis juste qu'elles m'ont échappées, que ça ne m'a pas beaucoup intéressée, que je me suis ennuyée.

Je ne suis pas sûre que ça divertisse beaucoup les enfants.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le film ne va pas assez dans le côté philosophique, il n'affronte pas assez ce qu'il entend interroger. Sur la mort, par exemple, ça n'ose pas aller si loin que ça. 

Finalement, on se retrouve dans quelque chose que j'ai trouvé très fabriqué et très convenu.

Michel Ciment admire "un film d'une beauté visuelle et imaginative extraordinaire !" 

MC : "Je pense, au contraire, que c'est un film qui s'adresse à la fois aux enfants de 7 ans et aux gens de 77 ans parce que les seules personnes qui se posent vraiment des questions métaphysiques, ce sont les enfants. Dans l'enfance, on pense à la mort beaucoup plus qu'à 30 ans. De ce point de vue-là, c'est un film parfaitement adéquat pour les vieillards comme moi et pour des enfants de 7 ans. 

D'autre part, évidemment, il y a beaucoup de films Disney qui ont un peu prostitué l'animation dans une sorte de bons sentiments et de graphismes très ordinaires mais il ne faut pas oublier que l'animation a toujours été en avance sur le cinéma : des gens comme Norman McLaren, Jiří Trnka et d'autres ont été des innovateurs, comme Vassily Kandinsky. 

Il y a une sorte d'expérimentation visuelle qui est absolument étonnante.

Ce que je trouve très beau dans le film, c'est le mélange de quotidienneté entre le New York très réaliste, avec ses bouches de métro, les gens dans la rue, de façon très réaliste et puis l'onirisme avec ce Grand Avant... Et puis, avec ces personnages fluorescents…

C'est une beauté visuelle d'une invention absolue. Une imagination, un délire visuel et imaginatif extraordinaire !

Jean-Marc Lalanne déçu par le dénouement philosophique du film

JML : "J'aime bien, sans trouver ça non plus immense. Moi aussi, j'étais gêné par le côté extrêmement consensuel de cette fin et, en même temps, j'ai revu La vie est belle qui était diffusée récemment sur Arte, et je pourrais avoir le même grief contre lui. 

Je pense que pour certains grands films américains, la vérité du film n'est pas dans la résolution du récit. Dans ce film-là, il y a vraiment des moments sublimes où on pense vraiment que le récit va s'acheminer vers l'acceptation d'être mortel, une sorte de stoïcisme de la mort. Cela aurait été sublime et, finalement, ce n'est pas cela.

À mon grand regret, la fin est une chose beaucoup plus douce à entendre.

Malgré tout, le film a montré que c'était envisagé. Je pense que ça frappe quand même l'imaginaire d'un enfant pour toujours et que le film sait mettre le doigt sur des choses fondamentales d'une expérience humaine."

Le dessin animé

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

8 min

"Soul" par Pete Docter & Kemp Powers

Par Jérôme Garcin

▶︎ Disponible sur Disney +

► Retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.