Au moment de sa sortie en 1977, les critiques de "Star Wars" ("La Guerre des Étoiles" en version française) n'imaginaient pas qu'on en parlerait encore quarante ans après...

Un membre du fan-cluc Star Wars à Monterrey (Mexique) le 4 mai 2016
Un membre du fan-cluc Star Wars à Monterrey (Mexique) le 4 mai 2016 © Reuters / Daniel Becerril

"May the 4th be with you" : c'est ce jeu de mots (mix intraduisible entre "que la Force soit avec toi" et la date du 4 mai) qui a depuis des années rassemblé des fans de Star Wars dans la célébration collective de leur saga intergalactique préférée. Une journée où l'on peut se déguiser, revoir les films en marathon ou participer à des évènements partout dans le monde. Mais qui aurait cru, à la sortie du tout premier film le 25 mai 1977, il y a tout juste 40 ans, qu'il susciterait un tel engouement, transmis de génération en génération ?

Certainement pas les critiques cinéma de l'époque qui, même en ayant aimé ou détesté le film, n'y voyaient pas une œuvre aussi importante dans l'imaginaire collectif.

Outre-Atlantique, on se régalait (globalement)

Les superlatifs ne manquaient pas chez les critiques américains : "magnificent", "fun and funny", et même "splendibulous" (pas la peine d'ouvrir un dictionnaire, ça n'existe pas) pour le journaliste de la NPR, la radio publique américaine. Il s'extasie notamment devant "un petit nouveau impressionnant", un certain Harrison Ford. Et ose même assurer que :

C'est le genre de films pour lesquels on a inventé le cinéma

Roger Ebert, célèbre critique du Chicago Sun-Times, estime lui que le film est un plaisir facile, notamment parce que "les personnages sont aussi forts que simples, avec leur espoirs grands et futiles qui font que l'on s'identifie à eux". Même sensation chez le journaliste du Toronto Star, qui parle d'une "BD en images", "un des films les plus divertissants jamais tournés" qui prouve que "les cinéphiles jeunes et vieux répondent toujours à l'appel d'une histoire simple et forte sur le bien contre le mal... où les gentils gagnent à la fin".

On trouvait quand même quelques cinéphiles peu convaincus, comme John Simon du New-York Magazine, pour qui "sans ses images superbes et son jargon scientifique, on n'aurait qu'une histoire, des personnages et des dialogues d'une effarante banalité". Il concluait même :

Humains, anthropomorphes ou robots, vous pourriez probablement tous les retrouver sans trop de différences dans le centre-ville de Los Angeles

Pauline Kael, du New Yorker, osait même la comparaison avec "une boîte de céréales dans laquelle il n'y aurait que des cadeaux bonus":

C'est un film appréciable, mais épuisant : comme emmener une bande de gamins au cirque

En France, on jugeait avec une certaine curiosité

Star Wars a beau être devenu une véritable institution, au moment de sa sortie il doit subir le jugement d'une institution plus ancienne et plus terrible encore : Le Masque et la Plume sur France Inter. À l'époque, nos critiques parviennent à caser La Guerre des Étoiles entre le dernier film de Theo Angelopoulos (Les Chasseurs) et Pour Clémence de Charles Belmont, dont on sent bien qu'ils les intéressent plus de prime abord (ils n'ont pourtant pas autant marqué l'histoire du cinéma).

Jean-Louis Bory est assez enthousiaste, estimant qu'il faut pour l'apprécier "retrouver son âme d'enfant, toute fraîche":

Dès que je vois comme ça des robots extrêmement marrants et qui tombent amoureux les uns des autres, je trouve ça très bien !

"Il faut se laisser aller dans une énorme machine remarquablement bien faite. Mais lorsqu'on réfléchit, on finit par y trouver tout de même des tas de choses. Il faut jouer le jeu." Et de s'emporter devant un "extraordinaire duel de Durandal avec des épées, remplacées évidemment par des rayons lasers." "Non, c'est du néon !", se moque Georges Charensol, à qui Bory lance : "Voilà, vous avez un exemple d'une âme qui n'est pas fraîche."

Michel Perez est moins emballé, face à un film "fabriqué à partir de tous les spectacles télévisés qu'on peut donner depuis des années aux jeunes Américains" :

Le gros du public, ce sont des adolescents, qui voient le film avec leurs joints, leurs cigarettes de marijuana. C'est un film planant, comme une espèce d'énorme machine psychédélique

Pour Michel Perez, Star Wars "joue uniquement sur les effets visuels, c'est prodigieux, un bombardement visuel continuel, qui ne renvoie à aucune espèce de réflexion possible ou imaginable, y'a aucun point de vue critique. Ce sont des films basés uniquement sur l'effet physique". Il va même plus loin :

Ces films-là sont peut-être un peu dangereux, pas d'un point de vue moral mais peut-être d'un point de vue politique. Le film devient un objet de consommation, d'abrutissement total.

Le point de vue politique, c'est justement celui qui gêne les journaux (très) de gauche de l'époque, comme Libération. Gilbert Crochu s'y demande ainsi si le film n'est pas un peu raciste sur les bords : "Les héros sont blancs (roses) et blonds, les méchants noirs. Le moins drôle est que cela ne relève pas de l’auteur : George Lucas n’est pas particulièrement raciste, il n’est pas néonazi, ni même maccarthiste. Il flatte simplement la mémoire populaire occidentale."

Quant à Ignacio Ramonet, il voit sous les "charmes onctueux" de la guerre des étoiles cinématographiques "le dernier gadget engagé dans la guerre des films par l'Impérialisme culturel américain". Un point de vue très ancré dans son époque (en pleine guerre froide), devenu assez minoritaire au fil des années avec le succès des suites. Détail amusant, c'est encore l'avis que Jean-Luc Mélenchon porte sur le film original.

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