Ce 25 octobre sort sur les écrans "Logan Lucky". Steven Soderbergh était dans l'émission Popopop pour parler de sa réalisation et de sa carrière au cinéma. 4 choses à savoir avant d'entrer dans la salle.

Channing tatum et Adam Driver dans "Logan Lucky"
Channing tatum et Adam Driver dans "Logan Lucky" © ARP Sélection

Logan Lucky, avec son casting de haute volée et son affiche flashy, pourrait vous laisser croire qu'il s'agit d'un simple "entertainement" dont seuls les américains ont le secret. Et si il est bien un film de genre où Steven Soderbergh a démontré qu’il avait du talent, c’est bien celui du braquage. Quand il s’attaque au remake de Ocean’s Eleven en 2001, il n’imagine pas alors que George Clooney et Brad Pitt vont supplanter, dans l'imaginaire cinématographique, la bande du Rat Pack, à savoir Sammy Davis Jr, Dean Martin et Frank Sinatra.

Ocean’s eleven est un tel succès qu’il connaîtra deux suites. Glamour, paillettes, humour et exotisme sont au menu.. Plutôt que de choisir la facilité et d’en faire un 4e, Steven attaque le genre cette fois-ci par la face nord. Exit le glamour, salut les prolos de Virginie occidentale. Ici, les héros sont une fratrie issue de la classe ouvrière.  Les tee-shirt de Bob Seger and the Silver Bullet et les treillis ont remplacé les costards. 

L'histoire est la suivante : deux frères, Jimmy et Clyde Logan, vont se lancer dans un braquage sur fond de course automobile. Le jour du casse est bien choisi puisqu'il s'agit du Memorial day, qui rend hommage aux soldats morts pour la bannière étoilée. Autant vous dire que c'est un sujet sur lequel on ne rigole pas. Et pour l'anecdote, Clyde a laissé son bras sur le champs de bataille en Irak... ce qui pourrait rendre le film un peu plus complexe qu’il n’en a l'air.  

D'ailleurs une chaîne YouTube fraîchement sortie du web, "Tu l'as vu"s'est penchée sur la question. Et si ils n'ont pas vu le film, ils vous en proposent une analyse rafraîchissante.

Et le principal concerné, il en dit quoi ? Lors de sa venue sur le plateau de Popopop, Steven Soderbergh confiait quelques pistes sur le fond de ce film. Mais aussi sur sa façon d'aborder son travail de réalisateur. Extraits choisis.

Le film de braquage, un cheval de Troie

Steven Soderbergh veut bien vous divertir, mais il veut aussi vous transmettre quelque chose qui n'est pas de l'ordre du message mais plus du constat d'une réalité... Et c'est pourquoi le scénario, signé par une certaine Rebecca Blunt, dont on sait peu de choses, a beaucoup plu au réalisateur.

Une partie de la séduction qu’a opéré sur moi ce scénario, c’était de pouvoir s’écarter de l’esthétique de Ocean’s Eleven. Le lieu du tournage d’abord. Et puis le statut social des héros. Ce que j’ai découvert tardivement dans la vie, il me semble, c’est que le genre est un merveilleux système pour révéler des idées. Le public y prend plaisir et le réalisateur peut s’amuser. Et dans ce cas-là, le paysage social du pays du film, peut être exploré mais pas d’une façon trop évidente. Le braquage, c’est une sorte de cheval de Troie pour parler de ce qui se passe en Amérique aujourd’hui. Et pour moi c’était une chance de faire un film de spectacle léger mais pas trop éphémère.    

La Virginie occidentale, symbole de l'Amérique oubliée

Derrière la légèreté donc, on le comprend, Logan Lucky est aussi film sur une Amérique qui est abandonnée et dont la situation ne semble pas prête de s'améliorer. Une situation qui pourrait s'adapter à de nombreux pays occidentaux.

Je viens de Virgine occidentale, et ils [les héros Clyde et Logan] viennent d’un endroit où il y a peu d’opportunités. Cette région s’est construit sur une seule industrie : l’exploitation minière, qui a aujourd’hui disparu. Et quand c’est arrivé, les gens sont restés sans rien. Ce petit état est devenu l’état symbole pendant les dernières élections présidentielles, comme l’exemple de ce qui a mal tourné en Amérique. Il serait le probable avenir du pays. Depuis cette élection, rien n’a vraiment changé pour les gens. Ils ont compris que, sans doute, leur situation ne s’améliorerait pas. Ils sont oubliés par l’échiquier politique. Ils sont mis à marge. Ou ils seront de nouveau un sujet de débat, mais c’est tout. Ce sont des gens très fiers. Mais ils sont fatalistes et je qualifierai leur de sens de l’humour, presque de… « russe ».

Channing Tatum, est-il une muse ?

Piégée et Magic Mike en 2012, Effets secondaires en 2013 et Logan Lucky. C'est la quatrième collaboration pour Channing Tatum et Steven Soderbergh. Si ils ne font pas la promo ensemble, car Channing a préféré faire la promo en camion à travers les Etats-Unis, Steven n'hésite pas à confirmer que ce dernier est une sorte de muse.

On peut dire ça. C’est un exemple de quelqu’un qui était en échec. Il était parti pour être footballeur américain et il s'est fait viré. C’était un loser. Mais si je ne l’avais pas rencontré, je n’aurai pas fait tous ces films… Je pense que quand on rencontre un obstacle dans la vie, si vous regardez bien le mur, sans paniquer, vous trouverez toujours une petite porte par laquelle vous pourrez passer. 

Un film choral dans le bon ton

Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig, Katie Holmes, Seth MacFarlane... Un tel casting pourrait donner des crises d'angoisses à bon nombre de réalisateur. Comment Steven a géré sa caravane de comédien ?

Il faut s’assurer que tout le monde est bien dans le même film. Que tout le monde apporte ses idées mais s’intègre bien dans l’univers complet. Qu’il y ait un ton. C’est difficile pour un jeune réalisateur de trouver ce ton et je m’y suis moi-même confronté quand j’étais plus jeune.

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