Oui, j’y ai pris goût, j’avoue ! De retour à Paris, le-blog-tout-ciné se poursuit, avec ce qu’il faudra de coups de cœur et de coups de gueule. On laissera la tiédeur aux mitigeurs de profession et j’ajoute même : « On va les niquer les tristes figures », selon l’expression de Bertrand Blier.Quoi de neuf alors ? Cannes et sa palme, toujours et encore. Lu hier soir dans « Le Monde » cette tribune libre signée par Alain Finkielkraut et intitulée « Palme d’or pour une syntaxe défunte ». Un carton rouge en premier lieu : comme Xavier Darcos, comme Jack Lang, comme François Dubet (entre autres), Finkielkraut parle d’un film… qu’il n’a pas vu. Ils ont dû prendre au premier degré la boutade colportée avec gourmandise par mon excellent confrère Michel Boujut (tiens, au fait, pourquoi ce critique inspiré est-il privé de parole ou presque ?) et dont je vous rappelle la teneur : « Je ne vais pas voir les films dont je parle, ça pourrait m’influencer. » Reprise par deux ministres de l’Education, un éminent sociologue et un philosophe franc-tireur, la phrase fait rire jaune, non ? Mais, je passe sur cette irritation pour ne retenir a contrario que le meilleur de Finkielkraut qui résume bien le malaise engendré par un palmarès décidément trop convenu : « Naguère aussi, on respirait dans les œuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l’air du temps. Sean Penn, le président du jury, a remis les pendules à l’heure en déclarant, dès la cérémonie d’ouverture du Festival et sous les applaudissements d’une presse enthousiaste, que seuls retiendraient son attention les films réalisés par des cinéastes engagés, conscients du monde qui les entoure. « Saraband », « Fanny et Alexandre », E la nave va », In the mood for love », s’abstenir. « Un conte de Noël », ce n’était pas la peine. Le monde intérieur, l’exploration de l’existence, les blessures de l’âme sont hors sujet. Comme si l’inféodation de la culture à l’action politique et aux urgences et aux dogmes du jour n’avait pas été l’un des grands malheurs du XXe siècle, il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l’avenir de l’homme. » Fin de belle citation. Le philosophe a évidemment et mille fois raison. Et tant mieux si l’envie des spectateurs est décidément plus forte que l’avis d’un jury cannois : « Un conte de Noël » (FI) rencontre les faveurs du public. La vraie récompense en or est là.On y reviendra certainement car l’affaire est en cours. A titre personnel, je n’ai aucun goût pour les films gore. C’est comme les courgettes, je déteste ça, mais il ne me viendrait pas à l’idée de les interdire à qui que ce soit. Qu’une commission Bidule décide donc de proposer au Ministre de la Culture d’interdire aux moins de 18 ans le film de Pascal Laugier, « Martyrs », me semble relever de la pure idiotie. Prononcer cette interdiction, c’est tuer le film : un nombre ridicule de salles acceptera de le programmer et les télévisions l’ostraciseront. Autant l’interdire tout simplement, ce serait moins hypocrite. Mieux vaudrait le laisser sortir surtout, avec le cas échéant une interdiction aux moins de 16 ans. La balle est désormais dans le camp de Madame Albanel qui, on l’espère, ne maniera pas les ciseaux de la censure économique sous couvert d’une censure morale hors de propos à l’heure d’internet.La phrase du jour ? « Le meurtrier vient à son heure / Il fera un hachis de toi » (extrait de la comptine chantée par la petite fille dans la scène d’ouverture de « M le Maudit » de Fritz Lang)

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