Et d’abord l’homme avant le cinéaste. Parce qu’Alain Corneau était d’abord une belle personne. Le rencontrer, lui poser des questions était un vrai plaisir, jamais une obligation professionnelle. Et c’est rare, presque unique. On ne parlait que de cinéma, de musique ou de littérature, mais on avait l’impression d’une vraie conversation avec un homme dont on aurait pu être l’ami (pas un ami façon Facebook…). Il connaissait tout du cinéma américain, du jazz ou du polar, mais ne se montrait jamais pédant. On le sentait avant tout curieux, amoureux de la vie, avide de découvrir et de découvertes, attentif aux autres. On le sentait plus encore prêt à s’enthousiasmer, à s’enflammer. Il montrait un appétit de vie proche de la gourmandise et son sourire était communicatif. Et le cinéaste alors ? Son éclectisme et ses inspirations multiples forcèrent le spectateur –critique a faire ses choix dans une filmographie mouvante donc. Pourquoi le taire ? La question aujourd’hui n’est pas de savoir ce que l’on rejette mais bel et bien ce que l’on retient parmi ces films divers. Corneau, c’est peut-être le fils caché de Jean-Pierre Melville que l’on retrouve aussi bien dans la noirceur implacable et glacée de Police Python 357 que de façon plus souterraine dans le jeu japonais de Stupeur et tremblement . Un héritier qui ira même se fracasser sur le monument du deuxième souffle. Mais a contrario, Melville n’aurait pas fait Série noire , ce bijou incroyable, cet OVNI faussement américain et vraiment banlieusard et dérisoire avant la lettre. L’un des plus beaux rôles de Dewaere, de Blier, de Marie Trintignant, de Myriam Boyer. L’un de ces films dits cultes à force de ne jamais prendre une seule ride. Franck Poupard, l’anti-héros par excellence, ce pauvre Plume de la zone, c’est nous, définitivement. Comme il le fit pour Marin Marais, il faudrait faire un « tombeau » pour Alain Corneau, c’est à dire un éloge de ce qu’il fit de mieux. Il me revient en mémoire la première scène du Témoin avec Chabat et Timsit. C’est une scène au ralenti, une scène d’enterrement dans une église : un flic ripoux s’est suicidé sur son lieu de travail. Parce que depuis Série noire il avait montré son goût pour la chanson populaire (pas forcément réussie mais forcément signifiante), Corneau avait choisi pour l’accompagnement musical de cette scène de deuil non pas un requiem convenu mais A quoi ça sert d’Axelle Red : « Je cours après la perfection Et je ne peux plus avancer Non plus m’arrêter A quoi ça sert ? »

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