Avec « Villa Amalia » de Benoît Jacquot et « Ne me libérez pas je m’en charge » de Fabienne Godet, cette nouvelle semaine de cinéma compte déjà deux films de grande qualité et dont ce blog a rendu compte, il y a peu de temps. Avec « Wendy et Lucy » de l’Américaine Kelly Reichardt s’ajoute un troisième atout de poids qui compense largement les déceptions engendrées par « Ponyo sur la falaise », le nouveau dessin animé de Miyazaki, et la nouvelle comédie « bancaire » signée Munz et Bitton, « Erreur de la banque en votre faveur ».En 2006, on avait remarqué « Old Joy » de cette même réalisatrice, une petite merveille minimaliste. Elle revient cette fois avec le parcours d’un drôle de couple composé de la jeune Wendy et de sa chienne Lucy. Parcours est un bien grand mot appliqué à un scénario qui a la taille d’un frelon mais heureusement pas sa nocivité, loin s’en faut ! Wendy, dans l’Oregon, perd sa chienne et sa voiture tombe en panne. C’est tout ? Oui, ainsi raconté c’est tout ! Amis des scénarios à rebondissements multiples et autres cascades en folie, passez votre chemin, Wendy et Lucy n’ont pas été créées pour vous ! Encore que changer d’air cinématographique de temps en temps ne peut pas faire de mal (pensez à me demander si j’ai vu « Fast and Furious 4 » de Justin Lin qui vient de sortir également … histoire de me remettre à ma place !).Pourquoi alors vous recommander hautement ce film ? Tout simplement parce qu’il est assurément et sans contestation possible porteur d’un regard, un vrai regard, un regard de cinéma. Un film avec un regard, pléonasme ? Chacun sait bien que non. Nombre de cinéastes désertent ce terrain et refusent presque de s’interroger sur ce que filmer veut dire et peut dire. Reichardt ne fait pas partie de ceux-là. Elle fait de l’économie de moyens la force de frappe de son écriture visuelle et cela fait un bien fou.Par ailleurs, elle dresse le portrait d’une adolescente solitaire confrontée au monde et à sa dureté. On pense à un « Sans toi ni loi » à l’Américaine, moins dramatique mais tout aussi tendu et grave sur le fond. Moins « road movie » également puisqu’on saisit l’héroïne en position arrêtée (à tous les sens du terme). Ce que la cinéaste dit de la société américaine confrontée à cette vagabonde n’est guère réjouissant. Sa force définitive est de nous le dire sans l’ombre d’un pathos malsain ou déplacé.Wendy et Lucy sont parmi nous, faites passer le message !La phrase du jour ?« Je me souviens dans « A nos amours », du père (joué par Pialat) disant à Sandrine Bonnaire qu’elle n’avait plus qu’une fossette, et de m’être promis de vérifier si elle était toujours là. » Gilles Jacob

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